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Un grand moment.....

Publié le par Cipion

Dans l'enceinte de l'Ecole interarmée des Sports, au départ du chef de corps, Frédéric descend du ciel pour offrir à sa maman un modeste bouquet de fleurs.

Fontainebleau 1983

Fontainebleau 1983

Publié dans Lambeaux de mémoire

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La rubrique des saisons (4)

Publié le par Cipion

L’ETE.

« Lumière profuse ; splendeur. L’été s’impose et contraint toute âme au bonheur » (A.Gide).

« Pourquoi tomber déjà, feuille jaune et flétrie ?

J’aimais ton doux aspect dans ce triste vallon.

Un printemps, un été furent toute ta vie,

Et tu vas sommeiller sur le pâle gazon. » (Elisa Mercoeur)

L’été, chez nous, c’était alors l’arrivée des vacanciers, des vrais, ceux qui venaient de loin, du nord généralement, au-delà de Montélimar, à la recherche du soleil, du sable blond et de la Grande Bleue. Ici, en majorité, ils ne faisaient que passer mais c’était suffisant pour animer le paysage…. « le bouchon », le « fameux bouchon » sur la R.N.7, c’était ici !

La Grand’Rue (baptisée depuis « Ambroise Croizat », pauvre Ambroise, peu de tourvains se souviennent de lui) (1), la Grand’Rue donc était une des artères les plus fréquentées de France, peut-être même d’Europe, en tous cas beaucoup d’étrangers « d’autres pays » (2) la connaissait avec… l’atelier de tonnellerie d’Auguste Lieutard et ses fils et celui de Marius Baudisson, le menuisier…. Avec le magasin de « grains et fourrages » de Messieurs Plauchier et Requier. Il y avait même l’atelier de couture de Marie Martin et l’imprimerie de Joseph Lambert et, aussi, le bureau des PTT (l’ancêtre de La Poste). Vous ne me croirez peut-être pas mais vers 1930 Gabriel Blanc dit « Gros Biè » y créa le premier garage de réparation des automobiles…il fallait le faire !

Il faisait chaud sur la place de l’hôtel de ville, les banquets étaient brûlants même sous le marronnier et certains, transpirant, regardaient avec émotion Monsieur Rampin, le garde-champêtre, essayer de mettre de l’ordre dans ce charivari.

Il faisait chaud, ça donnait soif, c’est pourquoi de nombreux bars offraient, béante, leur hospitalité de fraîcheur surtout pour les gosiers de nos anciens. Nous trouvions : le bar de la gare, celui du Lapin Blanc, celui des Alliés, le Grand Bar, le Sport Bar, l’Eden Bar, le bar des Pouars Sangliers, le bar Central, le bar Tabac, le Modern Bar….il y en eut beaucoup d’autres. Etablir une liste complète, sans oubli, paraît avec le temps très difficile si ce n’est impossible.

Les bars se multipliaient donc et chacun avait son eau fraîche presque exclusivement réservée au pastis…vous savez… 1 tiers de pastis et 3 tiers d’eau …c’est une boutade mais c’est un peu cela !

Mais comment les « bistroquets » d’alors, sans réfrigérateurs, faisaient-ils pour avoir de l’eau fraîche ? Il y avait bien la « gargoulette » mais son débit était insuffisant, d’ailleurs, le plus souvent elle restait au cabanon accrochée à la treille qui recouvrait la terrasse. Alors les « bistroquets » utilisaient la glace, oui la GLACE, elle arrivait au village par le train, en pains…de glace. Elle était immédiatement distribuée par Cissé (Auguste Recours), sa charrette et son âne Toby. Placée dans des glacières zinguées, un pain de glace pouvait tenir 3 jours, c’était suffisant pour les fêtes ou les fins de semaine (mon voisin, un parisien naturalisé, dit « ouic inde », il paraît que c’est plus pratique…bon !)

  1. A.Croizat, (1901-1951) syndicaliste militant, député, ministre à la libération ; père de la Sécurité Sociale notamment.
  2. Pour les distinguer des "estrangers" de BRAS, ROUGIERS ou ST.MAXIMIN.

Publié dans contes

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La rubrique des saisons (3)

Publié le par Cipion

LE PRINTEMPS.

Le PRINTEMPS, c’est, dit mon dictionnaire, la 1ère des saisons, celle qui va du 21 mars au 21 juin – au moins dans notre hémisphère -. Comme l’a écrit Colette («les Belles Saisons ») :

« C’est le printemps comme on l’imagine dans les contes de fées, l’exubérant, l’éphémère, l’irrésistible printemps du Midi, gras, frais, jailli en verdures profondes, en herbe haute que le vent balance et moire … ».

Je vais vous faire sourire, peut-être même rire…mais, beaucoup plus modestement, pour moi, mis à part les bourgeons, les oiseaux et les premières fleurs – généralement de couleur jaune – le printemps c’est le beurre ! Ne vous moquez pas. Voilà pourquoi :

C’est, en effet, à cette saison, chez nous, et seulement à cette saison, que nous trouvions du beurre sur la table familiale. Etonnant ? Pas tellement, lorsque l’on sait qu’à cette époque, pas si lointaine, la plupart des ménagères n’achetaient le beurre que par plaquettes de 125 gr – je crois bien que l’on n’en trouve plus sauf dans des boutiques spécialisées –

Chez nous donc, une plaquette de 125 gr pour une bonne semaine, pour une famille de 5 personnes, avouez qu’il n’y avait pas de quoi faire monter le taux de cholestérol !

Alors, pourquoi le beurre au printemps ?

Tout simplement pour accompagner les fèves fraîches, vous savez les toute premières celles dont la peau d’une tendresse extrême réveille nos papilles gustatives.

Ah ! la fève fraîche accompagnée d’un bout de saucisson, d’un peu de sel et…d’une grosse noix de beurre. Un délice !

Mais il n’y avait pas que la fève, il y avait aussi les premiers radis, ronds et tout rouge ou oblongue à l’extrémité blanche. A cette époque le radis était encore une plante potagère– mon grand-père disait «un fruit » - une plante potagère de saison.

Pour revenir au beurre, quasiment absent de nos recettes régionales, il paraît qu’au XVème siècle, l’intendant du Bon Roi René, tenait les comptes de la cuisine du château – à Tarascon sans doute – en provençal sauf un mot, un seul mot, qu’il a toujours écrit en français.. le mot «beurre » qui n’a jamais eu son équivalent en «lenguo nostro ». Edifiant, non ?

Le printemps cependant, j’en conviens, c’est aussi la saison où la sève monte et le sang bouillonne. C’est donc l’histoire d’un «coup de sang » printanier que je veux vous raconter

maintenant. Elle s’est passée à Tourves, au moins pour le fait initial, au début du siècle.

« Auguste R…. dit ‘La Moque’ avait marié sa fille avec un garçon du village que le travail n’effarouchait pas, plus clairement nous pourrions dire qu’il était fainéant. Pour cette raison et, peut-être, pour d’autres encore, il ne l’aimait pas. L’union n’avait rien arrangé. Un soir, une violente dispute oppose les deux hommes, si violente que ‘La Moque’ saisit son fusil et tire sur son beau-fils qui s’enfuyait dans l’escalier et le blesse au pied.

Ce coup de fusil lui valu de passer en correctionnelle, comme on disait à l’époque.

Le jour du procès, le prévenu ‘La Moque’ se trouve sur le banc des accusés lorsque l’huissier annonce « messieurs, la Cour ! » L’ensemble de la salle d’audience se lève sauf…’La Moque’. Un gendarme se penche alors vers lui et lui dit «vous n’avez pas entendu ? La Cour ! » Sans se départir de son calme et sans bouger de son banc, ‘La Moque’ répond à haute voix «si l’a court, n’a que d’ana se lou faÏre al ouga ! » (S’il l’a court, il n’a qu’à aller se le faire allonger ! ). Nous n’avons jamais su à quoi faisait allusion ‘La Moque’ mais le procès débutait dans un «bon » climat de respect mutuel et de compréhension réciproque.

Le tour de ‘La Moque’ arrive peu après. Il y a la narration des faits puis les différentes plaidoiries. Le Président s’adresse alors au prévenu «mais vous vous rendez compte, vous auriez pu tuer votre beau-fils, le mari de votre fille. Heureusement vous l’avez manqué. A cette heure vous pourriez être un assassin. » Et ‘La Moque’ de répondre, méprisant « L’aï manqua ? Nenni ! aï tua deï lebre, eme deï partigaü qu’anavon plu vite ! » (Je l’ai manqué ? que non ! J’ai tué des lièvres et même des perdreaux qui couraient plus vite que lui.)

C’était sans doute vrai car excellent chasseur ‘La Moque’ n’aurait pu le manquer…dans un couloir.

L’histoire racontée par un témoin de bonne foi, ne fait pas allusion au verdict mais gageons que le tribunal fit preuve malgré tout de beaucoup de mansuétude.

Nous sommes bien loin de nos recettes direz-vous.

Pas tellement, car « La Mocque » n’était pas qu’un chasseur adroit, c’était aussi un spécialiste de la « salade des champs », des costelines, des rampouches, du pissenlit et autres crigneous…. Mais, ça, c’est une autre histoire !

Publié dans contes

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La rubrique des saisons (2)

Publié le par Cipion

L’hiver.

« Que j’aime les premiers frissons d’hiver !

Le chaume, Sous le pied du chasseur refusant de ployer !"

Ce vers de Musset était alors connu par tous les élèves de l’école primaire.

C’était…. il y a longtemps !

« Les étoiles, en ces nuits claires, avaient cet éclat hivernal presque violent. »

Alain, l’auteur de cette assertion, avait, sans doute, regardé longuement notre ciel, en hiver, car il est vrai que par beau temps – c’est souvent le cas -, après souper – nous dirions dîner maintenant -, chez nous, la voûte céleste est presque agressive de pureté.

Toutes les encyclopédies le disent, l’HIVER c’est la saison la plus froide de l’année. Elle succède à l’AUTOMNE et, c’est important, elle prolonge la saison de la chasse. Elle la transforme même, si par bonheur, il tombe une fine couche de neige qui permet de découvrir, au soleil levant, les traces sculptées du ballet nocturne des hôtes à poils et à plumes de nos garrigues et de nos forêts. (1)

Mais l’HIVER c’est aussi, en partie, la saison des olives. En partie seulement car la saison des olives s’échelonne de septembre à décembre, le temps qu’il faut au fruit pour passer du vert au violet soutenu, de «l’olive cassée » à «l’olive pressée ».

Les puristes nous reprocheront d’avoir choisi l’hiver plutôt que l’automne mais nos souvenirs sont des souvenirs de petits matins froids et de doigts gelés ; de plus nos moulins ne fonctionnaient-ils pas principalement l’hiver ?

Les «estrangers » (mon grand-père disait : les Esquimaux) eux, ceux du Nord, au-delà de Montélimar, ceux qui croient encore que l’olive se croque sur l’arbre, pensent que nous galéjons lorsque nous leur expliquons que notre fruit-fétiche : l’olive, «a besoin de petites gelées et de pluies glaciales pour mûrir ».

Et pourtant…. écoutez ce qu’en disent encore certaines de nos charmantes « mémoires » :

« Au début du mois de décembre, toute la famille se retrouvait pour cueillir les olives. Le terrain (l’oliveraie) se trouvait sous St Probace et le travail s’effectuait de 10 heures du matin à 3 heures de l’après-midi car ensuite l’ombre arrivait et il faisait trop froid.

Chacun d’entre-nous avait un petit panier d’osier rond pendu autour du cou. Les plus jeunes et les plus agiles montaient dans les oliviers, les autres se servaient d’un escabeau. La cueillette terminée, nous amenions la récolte au moulin à huile de Mazaugues (1) car tous les moulins de ce genre avaient disparu à Tourves »

Ou encore…. «Le matin, dès 8 heures, nous partions sur la charrette du propriétaire qui nous avait embauchés. C’était en décembre, je me souviens qu’il faisait froid. La gelée blanche recouvrait la campagne, nos doigts étaient glacés. Sur la charrette, nous empilions échelles, draps de toile grise et ustensiles pour mettre les olives. Dès notre arrivée, nous mettions autour de notre taille un tablier –en fait une très grande poche- dans lequel nous mettions notre cueillette avant de la déposer dans les seaux. Quand les olives étaient trop hautes nous les faisions tomber avec un bambou sur un drap de sac étendu sous l’arbre. A l’heure du déjeuner –à cette époque là, nous disions «dîner »- nous allumions un grand feu de bois pour nous réchauffer.

Lorsque la récolte était rentrée, le propriétaire la portait au moulin de Mazaugues (1) pour en extraire l’huile. Parfois il était nécessaire de garder quelques temps les olives à la maison pour qu’elles mûrissent. » (A. Navarro)

Bien sûr, à cette époque de l'année, il s'agit des olives "noires" - en fait elles sont le plus souvent violettes - qui étaient cueillies ou ramassées pour en tirer notre sublime huile d'olives.

A. Garrassin nous a décrit ainsi le travail du moulin (2) :

« Après que la pierre eut écrasé les olives, on mettait la pâte dans «l’escourtin », paniers de crin plats qui étaient ensuite empilés les uns sur les autres puis pressés. L’huile qui en sortait était l’huile vierge (1er rail). Les paniers étaient ensuite arrosés avec de l’eau bouillante pour entraîner l’huile restante. Le mélange allait dans des bacs où chaque propriétaire cueillait son huile sur l’eau chaude à l’aide de la «feuille »- outil plat comme une grande poêle -. Ils versaient leur huile dans des gourdes de terre avant de la transférer dans des jarres – les toupines -. Sur le bord de la toupine était pendue une louche de fer avec un bec verseur dont ils se servaient pour leur usage personnel ».

Il y a encore, chez nous quelques oliveraies mais leur exploitation ne rythme plus la vie du village, ni n’alimente beaucoup notre imagination. Même les cigales ont presque totalement déserté, l’été, le tronc de nos oliviers.

Il est cependant encore des hommes et des femmes comme notre voisin René Raybaud, de Seillons, qui savent chanter les mérites de cet arbre mythique. Ecoutez le, en provençal, c’est magique :

« Quand sian pena, lou cor doulènt, « Lorsqu’en peine et le cœur souffrant,

Pèr tourna mai estre valènt, Pour à nouveau être vaillant,

Partèn lèu de-ven l’oulivetto, Partons vite vers l’olivette,

E li pèd subre il gravetto Et les pieds sur les graviers

Aussissen l’ouliviè parla Ecoutons l’olivier parler

E saren tout reviscoula ! » Et nous serons tout revigorés ! »

(1) Bien que la chasse soit interdite par temps «de neige ».

(2) A Tourves, au temps de la culture intensive de l’olivier, il y a eu, au moins, 3 moulins à huile qui fonctionnaient à eau ou à sang (mus par un animal : âne ou mulet). Le dernier se trouvait au Moulinet mais à l’époque des faits ces moulins étaient déjà fermés.

Publié dans contes

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La rubrique des saisons (1)

Publié le par Cipion

L’automne.

« Les scènes de l’Automne…ont des rapports secrets avec nos destinées »

( Chateaubriand )

« …au premier frisson de l’Automne, on redescend au mas »

( A. Daudet )

Dans nos campagnes, la saison la plus généreuse c’est, sans aucun doute, l’Automne.

Alors, tout est bon à ramasser : champignons sanguins, nichés sous les cades et les pins ; petits gris ou grisets ; chanterelles ou modestes girolles ; safranés ; pissacan…

C’est aussi la saison des vendanges où l’on buvait, dans le temps, la piquette et le ratafia pour accompagner les châtaignes grillées au feu de bois dans la poêle à trous.

A Tourves, c’est surtout la période de la chasse.

LA CHASSE, chez nous, c’est une institution. Il faut voir le « cours » - lisez : le cours de la République- certains matins, on dirait la mobilisation générale, les étrangers restent estomaqués : des hommes, de beaux hommes, en tenue kakie et gros ceinturons, quelques-uns arborent même des chaussures avec des guêtres et, surtout, surtout, des armes, des fusils de chasse de tous calibres et des chiens apparemment dociles, ils ont peut-être compris, eux, que l’excitation fébrile et le bavardage ne servent à rien.

LA CHASSE, chez nous, c’est une tradition. A l’affût, à courre, au poste, tout y passe même la pose des petits pièges ronds – mais chut ! - dont l’alude marque le centre de ses ailes argentées.

Dans le temps les étrangers, de Bras ou même plus loin, disaient sous forme de boutade « Tourves, c’est la Mecque des sangliers ». Laissant entendre par-là qu’ils pouvaient y vivre sereinement. C’étaient de mauvaises langues. Cette expression nous l’avons retrouvé dans le texte d’une chanson en « lenguo nostro » écrite et composée par Léandre Giraud en novembre 1902. Les anciens se souviennent sans doute mais en guise de preuve vous la trouverez « in fine ».

Puisque nous parlons de sangliers, il est une histoire qui a défrayé la chronique tourvaine dans les années 50 que nous tenons à vous raconter (d’après un compte-rendu de presse signé Benjamin Costa). Certains protagonistes, toujours parmi nous, pourront confirmer le fait.

Notre village vivait alors calmement une journée paisible, une journée ensoleillée, lorsque vers 16 heures, Monsieur P. garde-chasse au domaine de Vaubelle vint, en catastrophe, informer notre Maire qu’il venait d’apercevoir dans les fourrés prés de la bastide une énorme bête qui paraissait être un ours, il se dirigeait vers la ferme de Caudière. Pour lui, ça ne faisait aucun doute, il s’agissait de la fameuse bête qui depuis quelques temps sévissait sur le plateau de Rians.

Après avoir prévenu la gendarmerie et pris contact avec la fédération départementale de la chasse, le Maire met sans perte de temps un dispositif en place. Il s’agissait, en effet, de ne pas traîner car c’était justement l’heure où les écoliers des bastides isolées rentraient chez eux. Très rapidement une équipe de volontaires – dont la plupart avaient sacrifié leur partie de boules – armés de fusils chargés de chevrotines étaient sur les lieux avec gendarmes, gardes forestiers et le garde chasse de Vaubelle.

Dans ce groupe nous pouvions reconnaître les plus fines gâchettes du village : MM. Barthélémy Bara ( et son chien connu de tous ), Lapoirie, Paul et louis Mathiot, rené Barbier, Léo Guisol, léon Reboul, Augustin Chanteduc, Albert Henry, Jean Cortèse, Mathieu Salvatico, Paul Amic, Jacques Alisio du bar Central, Louis Brémond, Lucien et Albert Garrassin, Gilbert Castellan, Marius Recours, Dessi et bien d’autres. Le chroniqueur cite même M. Gravier, le directeur de l’école.

La chasse à l’ours allait donc commencer et avec de tels nemrods le plantigrade n’avait qu’à bien se tenir !

Chacun pris sa place sans hésitation sur les itinéraires que le fauve pouvait emprunter. C’est Barthélémy et son chien qui servirent de rabatteur.

L’attente commença, crispante. L’émotion était à son comble car un ours ce n’est pas si fréquent dans la région, ce n’est pas un gibier commun dans nos collines même dans les coins les plus reculés de St Probace.

De mémoire de tourvain on n’avait jamais vu ça.

Chacun donc était à son poste, sur ses gardes, prêt, au cas où le monstre surgirait au détour d’une draille, à le fusiller à bout portant. Tous ces chasseurs, au palmarès élogieux, caressaient le secret espoir d’épingler l’ours à leur tableau de chasse. De plus quelle belle histoire à raconter, plus tard, aux petits enfants ! Sans compter qu’une belle peau d’ours pourrait remplacer avantageusement, dans la chambre à coucher, la vieille descente de lit tout élimée.

Ils entendaient dans le lointain Barthélémy encourager son chien de la voix. La bête comme à l’accoutumée ne laissait aucun buisson, aucune tousque, inexplorés.

Tout à coup, un fourré s’agite, des branches craquent et tel un bolide, Barthélemy et certains autres voient surgir devant eux un…magnifique sanglier qui sans demander son reste file dans la nasse.

Désillusion pour les chasseurs-spectateurs mais désillusion tempérée par l’espoir que faute d’ours ils mangeront un bon cuisseau de sanglier.

C’était sans compter sur la présence du garde-champêtre, l’autorité suprême en la matière, qui de sa voix de stentor s’écrit « halte au feu ! la chasse est fermée, il est interdit de tirer le gibier ».

Le gibier ? Ce splendide sanglier, un mâle énorme qui sans être inquiété traverse tout le dispositif mis en place par nos chasseurs.

Lorsque les volontaires retournèrent au village, il y avait foule sur le cours, c’est en héros qu’ils furent accueillis. Chacun voulait voir la bête, l’ours, la Tarasque, la Garamaudo (1) peut-être. Chacun voulait la toucher enfin et pouvoir dire « je l’ai vu » !

La déception fut à la pointure de ces fantasmes…profonde et générale. Le garde-champêtre devint suspect certains voulaient le mettre en quarantaine mais chez nous, vous le savez, la galéjade est reine, alors ? …. la bonne humeur reprit vite le dessus et bientôt le rire fut général. La quarantaine du garde-champêtre dura, peut-être …40 minutes avant qu’il ne rejoigne les autres au comptoir du Cercle pour fêter ce que nous appellerions maintenant « un non-événement ».

Ceci dit, revenons à nos fourneaux.

Pourquoi pas une bonne daube de sanglier, elle pourrait même agrémenter un plat de polenta…

(1) monstre légendaire ayant vécu dans les « gours » du village d’Allauch dans la banlieue marseillaise.

Publié dans contes

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Lettre ouverte aux futurs autobiographes. - Le blog de Cipion

Publié le par Cipion

Lettre ouverte aux futurs autobiographes.

Une définition qui s’impose : Autobiographie : mémoires, recueil de souvenirs personnels, relations écrites d’évènements auxquels participa l’auteur ou dont il fut le témoin, biographie d’une personne écrite par elle-même.

Ayant lu, toujours avec beaucoup d’intérêt, un certain nombre d’ouvrage autobiographiques rédigés par des auteurs de renom ou d’illustres inconnus narrant des évènements qui m’intéressent pour des raisons diverses, je tiens, modestement, à donner mon avis sur ce genre d’exercice. Exercice ? Oui, c’est bien le terme que j’ai choisi pour y ajouter l’adjectif « périlleux » car le danger est réel. « Ma vie écrite par moi-même » ça n’est pas facile, le plus souvent à la gloire, plus ou moins appuyée, de l’auteur. Lorsque le texte est destiné à la famille (les petits-enfants notamment sont friands des exploits de leur grand-père) ou au cercle réduit des amis proches il ne fait pas l’objet de publication (avec N° ISBN) avec diffusion ouverte, il est alors lu par un petit nombre de lecteurs ciblés et ne porte généralement pas à conséquence. Toutefois, ce n'est pas toujours le cas et certains auteurs, peu ou prou connus, estiment devoir, à l’occasion, adresser un message au fil des pages. Il est alors livré (le texte) à la vindicte publique. C’est un risque à prendre.

Ainsi, récemment, j’ai été amené à lire coup sur coup, plusieurs ouvrages de ce dernier genre (1) dont je connaissais les auteurs : des titres, des photos, des faits, des hommes ou des femmes qui titillaient ma mémoire. Des tranches de vie que j’avais parfois partagées, de près ou de loin, et surtout des personnages, amis ou simple connaissances, que j’avais connus.

Quel contraste ! Il est vrai que les auteurs ne sont pas toujours de la même génération mais.. à la réflexion est-ce significatif ? Pour imager mon propos, je retiens en quelques lignes ce qui me parait être les deux extrêmes : - l’un (danger premier je le souligne à nouveau), est « l’étalon-or » et pour le démontrer nous décrit un environnement professionnel délabré d’où n’émerge qu’une figure, la sienne. Il s’autorise même, pour se grandir, sans doute, à « descendre en flamme » certains de ceux qui auraient pu être ses camarades ; - l’autre, au fil des pages, nous décrit des scènes originales où se côtoient peines et joies, réussites et échecs mais surtout nous parle d’amitiés profondes dans des circonstances d’exception où les individus s’épanouissent dans une estime réciproque.

Alors où veux-tu en venir, me direz-vous, avec raison ? Pour répondre à votre question je prendrai, sans scrupule, une citation du second auteur. En épilogue de son récit magistral, il écrit : « De manière délibéré je me suis refusé à parler des ennemis que j’ai rencontrés sur ma route….C’est pourquoi on n’a trouvé dans ce livre aucun portrait négatif sur qui que ce soit, nommément. J’ai préféré laisser toute la place à mes amis » (2)

Avouez que c’est un véritable ballon d’oxygène que tous les futurs autobiographes (peut-être moi-même ?) devraient adopter. Voilà le message simple que j’essaie de faire passer si ces lignes trouvent lecteurs.

  1. Je conseille, mais beaucoup ont dû déjà le lire, « Elevé à la dignité… » du Général Leboudec, « Et que vive la bannière » de Christian Clarke de Dromentin et aussi « Commando Georges et l’Algérie d’après » d’Armand Bénésis de Rotrou.

Et puis, et puis, les écrits d'auteurs sans doute inconnus de beaucoup mais que j'ai eu le plaisir de lire : « A la force du poignet » de J.Savoyant ; « Le calvaire, la colombe et la croix du Sud » de J. Moullec et, dans un genre un peu différent, les textes de Michel Cot.

2.Extrait de « Avant la dernière ligne droite » de Patrice Franceschi.

Publié dans Coup d'humeur

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Du rififi à l'école

Publié le par Cipion

Du rififi à l’école.

Lambeaux de mémoire : Ce texte aurait pu être destiné à nos petits enfants (nous en avons 16 dont 14 biologiques) mais ils ont pour la grande majorité quitté l’école primaire, théâtre de cet épisode objet de ce texte. Il en reste un cependant et aussi 4 arrières petits enfants qui seront peut-être, un jour, intéressés par cette petite histoire vécue ?

Du rififi à l’école.

Nous sommes à Allauch où mes parents tiennent un commerce de boucherie depuis une dizaine d’années. Après un début de scolarité dans une école privée, je me retrouve en classe de troisième c’est-à-dire à 3 ans du certificat d’études primaires. J’ai donc 10 ou 11 ans. Notre institutrice est une jeune femme mignonne dont je n’ai gardé qu’un souvenir très vague. J’arrive donc d’une école « privée » mixte catho dans une école de garçons de la République. Nous sommes séparés des filles par un mur de plus de deux mètres surmonté d’un grillage d’un bon mètre supplémentaire. Ce détail n’a rien à voir avec mon histoire mais il fait partie du cadre de l’action. Je ne suis pas un mauvais élève mais ne chevauche pas en tête de la classe. J’ai rapidement quelques bons copains dont un voisin de rue, Francis Donati que je cite pour l’anecdote. Physiquement je suis peut-être le plus petit de la classe, en tous cas celui qui parait le plus fragile. En effet j’ai ce que nous appelions alors des « ganglions aux poumons », je crois qu’actuellement nous parlerions de primo-infection. Je suis aussi remuant que les autres mais…je ne dois pas trop remuer. Je crois même que les instits avaient reçu pour consigne de modérer mes jeux pendant les récréations. J’ai souvenance de longues minutes de « récupération » assis sur un des escaliers d’accès aux salles de classe. Dans notre classe il y avait un grand gaillard, costaud. Son nom, je m’en souviens encore : Arnaud. Il habitait dans un lotissement - le tout premier - à l’extérieur du village sur la route de Marseille, « La cité ». Grande gueule, pour lui j’étais une mauviette malgré la musculature exceptionnelle de mes jambes. Le nouveau, maladif, toujours bien coiffé, la raie sur le côté avec parfois une barrette, un visage avec des fossettes, tout pour être traité de « petite fille en sucre ». Ce n’était pas très grave mais je n’aimais pas. Alors, très rapidement, un jour je lui dis : « Et toi, pour qui te prends-tu ? ». Mal m’en a pris car il me rétorque sans hésitation : « Ce soir, à la sortie tu le sauras » le tout accompagné de son poing sous le nez -vous connaissez sans doute ce geste-. Normalement, ce type d’affrontement entre élèves, assez fréquents, se déroulait sur les aires près des écoles mais à l’abri des vues. Quelques témoins néanmoins, les copains de l’un et de l’autre protagoniste. Les cartables posés à même le sol, il y avait un échange de coups, empoignade, roulade au sol, immobilisation puis….l’arrêt…je ne sais plus…essoufflements, coups douloureux, le plus faible rompait, jamais rien de grave sauf pour l’honneur ! Parfois cependant les copains intervenaient pour séparer les belligérants. Arnaud était un habitué de ces bagarres. Il était parait-il invaincu.

A 16 heures donc, à la sortie, j’allais devoir l’affronter. La menace, le poing sous le nez, était claire. Cet après-midi là (nous allions en classe de 13h30 à 16h00) mon esprit, vous vous en doutez, est ailleurs. Les explications de notre institutrice ne peuvent chasser mon inquiétude, mon angoisse. Pour la première fois de ma vie j’allais me battre, contre un garçon de mon âge, sans véritable raison sauf, pour lui, parce que j’ai une tête qui ne lui revient pas et,

  • 2 -

pour moi, la volonté de lui prouver, de me prouver, que sa réputation ne m’impressionne pas. Et pourtant !

A la sortie, nous formons deux petits groupes qui se dirigent vers les aires. Mince ! Le terrain est occupé par deux adultes, des vieux, en pleine discussion. Qu’à cela ne tienne. Arnaud se tourne vers moi et, le plus calmement du monde, me dit : « Nous allons au château d’eau ». Le château d’eau c’est à deux pas, à quelques centaines de mètres, une réserve d’eau qui alimente le centre du village et qui présente, au-dessus, une surface plane herbeuse presque accueillante. Nous y arrivons rapidement. Nos supporters ne sont pas nombreux, en tout une dizaine d’élèves. Moi, je suis accompagné par Francis (déjà cité), Félix, Jo et... Audibert (Je ne me souviens plus de son prénom). Les autres ? je ne sais plus mais leur groupe est plus bruyant que le nôtre. Il est même presque joyeux. Ce n’est pas rassurant !

Arrivé sur le terre-plein du château d’eau, nous posons nos cartables, aux coins du « ring », les spectateurs s’écartent un peu et…je me retrouve face à Arnaud. Il me domine de 20 bons centimètres. Il tend son bras pour m’attraper. Je ne pense plus à rien d’autre que de frapper, frapper fort. Paradoxalement, je n’ai plus d’inquiétude, plus de doute, plus d’interrogation : il faut que je frappe. Lui, me saisit à l’épaule gauche et, moi, je frappe, à la tête, du droit, mon poing éclate, j’ai mal, très mal mais mon adversaire s’écroule assommé par mon coup arrivé sur sa tempe. J’ai peur, je l’ai tué, je ne voulais pas. Ses copains arrivent, le redressent. Il est vivant. Ouf ! Mais bien sonné. J’ai gagné, j’ai gagné. Jo vient vers moi, j’ai très mal à la main droite, elle commence à enfler. Il y a quelque chose de casser. J’ai frappé très fort. Pourquoi ? Je ne l’ai jamais réellement su. Je n’avais pas de haine, ce sentiment atroce qui pousse à…. La peur alors ? Peut-être la peur, non pas de prendre un mauvais coup, mais de perdre la face. Oui, c’est cela !

Arnaud, pâle me semble-t-il, vient vers moi. Il sourit presque et me tend la main, sans un mot. Je suis comme pétrifié. Je lui offre ma main gauche. Je crois qu’il comprend alors que j’ai mal. Il sourit vraiment et toujours sans un mot, quitte « le ring » avec ses copains. Nous, mon équipe, reste quelques instants silencieuse puis Félix s’écrit : « mais tu as gagné », divine surprise !

L’épisode se termine chez moi ; en arrivant j’essaie de cacher à mes parents l’état de ma main mais…. le regard maternel, très vite, perçoit chez moi une certaine gêne (c’est le moins qu’on puisse dire) dans mes gestes. Il faut donc que j’explique que…j’étais tombé dans l’escalier. « Mais comment t’es-tu débrouillé ?» dit mon père. Ma mère, elle, n’a pas dit un mot !

PS : J’avais bel et bien une fracture du métacarpe de l’index. Elle s’est soignée toute seule. J’en ai souffert, pas trop, pendant des années.

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Le Père Noël a du souci.

Publié le par Cipion

Le Père Noël a du souci.

Nous sommes le 24 décembre par une journée fraîche mais

ensoleillée. Sur le plateau de Cassède, juste au-dessus du Carami,

le petit lapin bleu, bien connu des chasseurs tourvains qui le

rencontrent souvent mais ne le tire jamais, le petit lapin bleu donc

joue avec sa petite copine Grisette. Elle a, à peu près, son âge.

Et est mignonne à croquer.

La journée est ensoleillée mais, dans la nuit, il a neigé. Tant neigé

que nos deux amis disparaissent parfois dans la poudreuse.

En jouant, en riant, en se jetant des boules de neige, ils s'éloignent

de leur maison et débouchent, presque sans s'en rendre compte,

dans une petite clairière où se trouve, en plein milieu, une adorable

cabane avec des rideaux aux fenêtres comme chez la vieille Adèle

dans le quartier des lapins.

Ils sont un peu intimidés, mais leur curiosité est très forte.

Ils s'approchent lentement, avec beaucoup de précaution, de la

petite cabane en laissant derrière eux de longues traces

dans la neige. En arrivant près de la fenêtre, située

juste à droite de la porte d'entrée, ils entendent un énorme

ronflement, énorme, ENORME !

Pris de panique, ils creusent rapidement un trou dans la neige, dans

lequel ils essaient de se camoufler. Pendant plusieurs minutes ils

tendent leurs grandes oreilles mais n'entendent que l'énorme

ronflement. Puis lentement apparaît le petit nez rose du lapin bleu.

Rien ne bouge, alors les deux amis sortent lentement de leur trou

et se hissent jusqu'au rebord de la fenêtre. Grisette, la plus

curieuse, essuie de sa petite patte la buée qui recouvre la vitre et

regarde dans la pièce. Et là, que voit-elle ? Et alors ? Murmure le

Lapin bleu. Re...regarde toi-même dit Grisette.

Dans un vieux lit tout déglingué, au fond de la pièce, il y a un

homme couché, il dort semble-t-il. Il a une grande barbe blanche

et un bonnet rouge sur les yeux.

Mais.... c'est le père noël ? dit le lapin bleu.

Ils n'en reviennent pas, ils n'en croient pas leurs yeux.

Très vite, le lapin bleu réfléchit et dit: « Bien sûr, nous sommes le

24 décembre -il regarde le soleil- et il est presque 4 heures de

l'après-midi, s'il ne se réveille pas ce sera une véritable catastrophe

car il ne pourra pas apporter leurs cadeaux aux enfants sages du

village, il y en a quelques-uns. " Il a sans doute eu une panne

d'oreiller. Alors que faire ? "

Ils sont déçus, tristes, désolés car eux aussi attendent le passage

du Père Noël. Prenant son courage à deux pattes, le lapin bleu se

met à taper très fort contre la vitre mais apparemment sans succès.

Plus fort encore, et encore. L'homme ne bouge pas. Serait-il

malade ? Ou...? Ah, non ! Il se met alors à taper avec ses

pattes arrières avec lesquelles il a beaucoup plus de force.

Boum ! Boum ! Boum !

« Mais tu vas casser la vitre », dit Grisette.

« Attention, il a bougé, murmure le lapin bleu ». Boum ! Boum ! Le

vieux bonhomme ouvre les yeux et grogne à haute voix: « Qui

est là ? Qui fait tant de boucan en pleine nuit ? ». En pleine nuit ?

Alors qu'il est plus de 4 heures de l'après-midi ?

Clignant des yeux, le Père Noël découvre alors Grisette et le lapin

bleu qui gesticule derrière la vitre. Se levant, il prend tout d'un

coup conscience qu'il est beaucoup, beaucoup plus tard qu'il ne

pensait. Il s'affole, ouvre précipitamment la fenêtre et part à la

recherche de ses bottes. Les deux amis rentrent dans la pièce, et

très émus, osent interpeler le Père Noël: « Tu es en retard, Père

Noël, les enfants vont être déçus si.... », « Oui, oui, les

interrompt le Père Noël, je sais, je sais, n'insistez pas et aidez moi

à retrouver mes bottes ». L'une est au pied du lit. Mais l'autre ?

Où est l'autre ? Ils cherchent partout et la retrouve enfin dans

la cuisine, sous la table. Ouff !

Chaussé de ses bottes, le Père Noël, essaie de sortir de la cabane

avec son sac plein de cadeaux. Mais le sac est trop large. Il faut

déballer une partie du chargement puis le remballer alors que le

temps presse. Grisette et le lapin bleu se démènent comme des

grands. Dehors, le Père Noël, prépare sa luge et y attelle les rennes

jusqu'alors installés douillettement dans l'écurie. Mais la luge est

rouillée, elle n'a pas servi depuis....12 mois! Vite il faut trouver de

l'huile. Le lapin bleu revient avec de l'huile d'olive trouver dans un

placard. Ça fera l'affaire !

La nuit commence à tomber. Vite! Vite! Le Père Noël charge

rapidement la luge et, hop, en avant....mais les rennes refusent de

partir. « Nous avons faim, nous avons soif, nous sommes trop

faibles pour galoper » disent-ils en chœur. A toute vitesse, le Père

Noël leur apporte un seau d'eau tiré du puits et Grisette et le lapin

bleu d'énormes brassées de fouin. Eux, les rennes, boivent et

mangent sans se presser. Dans le ciel, la lune fait son apparition. Le

Père Noël excédé crie « Allons, en avant, nous sommes pressés.

Nous avons beaucoup de retard ». « Ah, non, disent les rennes,

maintenant il nous faut digérer ». C'est le comble, c'est honteux,

c'est désespérant. Grisette et le lapin bleu ont envie de pleurer. Ils

ne savent plus quoi faire.

C'est alors que se fait entendre, venant du fond de la cabane un

bruit assourdissant. C'est le réveille-matin, l'énorme réveil, du

Père Noël, placé dans un plat rempli de pièces jaunes. De quoi

réveiller les plus sourds. Et....le lapin bleu qui tape sur la vitre. Où

sommes-nous ?

Pour le père Noël ce n'était qu'un mauvais rêve. Il saute de son lit

comme s'il avait 20 ans, ouvre la fenêtre et demande aux deux

amis: »Que faites-vous là ? Si loin de chez vous ?».

« Nous avions si peur que tu aies une panne d'oreiller » dit le lapin

bleu. « Que nous n'ayons pas nos cadeaux de noël » ajoute

Grisette.

« Et bien ça ne sera pas le cas si....vous avez été sages. Allez

chercher la luge qui est dans l'écurie ». La luge ? Elle est là, en

effet, et les rennes piaffent d'impatience. Tout est prêt pour le

départ. Oui, tout cela n’était un mauvais rêve !

Toutefois, le Père Noël est soucieux, il se gratte la barbe, il regarde

le ciel qui s'assombrit. « Je ne peux pas vous laisser seuls ainsi.

Il est tard maintenant et vos parents vont s'inquiéter et peut-être se

fâcher contre vous. Ce n’est pas très bon un soir de noël. Monter

donc dans ma luge, là, à côté de moi. On va se serrer. Je vous

déposerai au passage et ainsi tout le monde sera content. Je ne suis

pas sûr que vous retrouviez votre chemin.»

Et, de plus, il est ainsi rassuré.

Et en un instant ce fut fait. Le Père Noël, Grisette et le lapin bleu se

retrouvèrent très vite devant le terrier du lapin bleu où sa maman,

déjà inquiète, l'attendait. Elle fut ravie de faire la connaissance du

Père Noël sous les étoiles et la pleine lune. C'était féérique!

« Et hue, mes petits rennes » dit le Père Noël « Volez, volez, vite »

Et la luge s'éloigna dans le ciel au milieu des étoiles. Elle rejoindra

sans doute la lune lorsque la distribution des cadeaux sera

terminée.

« Au revoir Père Noël est grand merci ».

Mais, merci, merci de quoi ? Le père Noël vient d’oublier de déposer leurs

cadeaux ! Grisette et le lapin bleu en ont les larmes aux yeux.

« Je crois, les enfants, qu'il passera à nouveau » dit la maman du

lapin bleu avec un large sourire. Et les enfants l’ont crus ! comme

toujours.

Fin

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Une sortie en brousse presque comme les autres ou « le poulet boiteux ».

Publié le par Cipion

Une sortie en brousse presque comme les autres ou « le poulet boiteux ». Est-il nécessaire de définir le vocable « sortie en brousse » ? Plus tard, beaucoup plus tard, il a été remplacé par « tournée de présence », expression plus adéquate, sans doute, mais qui ne fait pas rêver…… car j’ai en effet rêvé de sorties en brousse. C’était en mars ou avril 1956, lorsque paraît mon inscription au « tour de départ », je suis alors au Maroc, au 6° Régiment de tirailleurs sénégalais (6°RTS). Je suis arrivé, il y a peu, à Casablanca où se trouve le bataillon de commandement de ce beau régiment, avant d’être expédié à Médiouna, centre d’instruction du corps. C’est ma première affectation d’officier. Je suis marsouin en séjour « métropolitain » au Maroc ! A cette époque, l’inscription au tour de départ signifie : « Préparez-vous en attendant la désignation pour…servir outre-mer ». L’attente peut durer plusieurs mois. Cette année-là, fait surprenant, les jeunes sous-lieutenants en première affectation, dont je suis, ont été inscrits au « tour » après seulement quelques mois de présence en corps de troupe. Nous nous réjouissons. Comme les autres je suis impatient de partir, mais pour où ? Dès l’inscription au tour, à la popote, les discussions vont bon train. Les anciens font sans difficultés étalage de leurs expériences, de leurs sorties en brousse notamment. Mais la question reste posée : où aller ? Quel choix de territoires exprimer dans le formulaire C ou D (je ne me souviens plus) que je dois remettre dans quelques jours au PC du Colonel ? Il faut en mentionner 3 dont au moins un en zone d’outre-mer N° 3 (Océan Indien : Madagascar, La Réunion, les Comores) réputée moins intéressante par la modicité de la « Lamine Gueye »(1). Cette formalité mérite réflexion et les anciens – encore eux !- nous conseillent avec une certaine nostalgie que nous comprenons. Personnellement, j’ai demandé, dans l’ordre : la Nouvelle Calédonie, le Congo et…Madagascar. J’ai… Madagascar ! Je ne peux donc qu’être satisfait d’avoir obtenu ce que j’avais demandé même si ce n’est que le troisième choix….obligatoire. Après cette longue introduction, je vais essayer de vous narrer un épisode d’une sortie en brousse dans la « Grande Ile » à partir de ma garnison, Tananarive, que j’ai rejoint en août 1956. Je suis affecté à la 1ère Compagnie du Bataillon de Tananarive, commandé par le Capitaine Cormarèche que j’ai plaisir à citer car il fut, pour moi, un initiateur hors pair. Adjoint au commandant de compagnie et chef de la première section, j’ai pour la première fois des « sénégalais » sous mes ordres, ce qui peut paraître paradoxal pour un officier provenant d’un RTS où je n’ai côtoyé que des européens, des appelés du contingent pour la plupart. En fait, ma section est un mélange presque harmonieux de Guinéens, de Tchadiens et de Voltaïques. Sur mon carnet de chef de section, un seul sénégalais….originaire de Saint- Louis donc réputé de nationalité française et jaloux de cette différence. Cette sortie en brousse se situe très précisément en avril-mai 1958 sur les hauts plateaux malgaches entre Tananarive et Majunga. Récemment, en fouillant dans mes archives, j’ai retrouvé le compte-rendu réglementaire que tous chefs de détachement devaient établir au retour et, fait exceptionnel, quinze feuille manuscrite rédigées à chaud qui m’ont remémoré quelques anecdotes dont celle qui va suivre. (1) Parlementaire d’origine sénégalaise à qui l’on doit l’instauration de la « prime de départ ». Notre détachement se compose d’un officier, onze sous-officiers et soixante-dix tirailleurs. Au cours de plus de trois semaines de brousse, il visitera une cinquantaine de villages d’importance variable, de quelques cases à plusieurs quartiers, et bivouaquera dans une vingtaine d’entre-eux après des étapes de quatre à huit heures de marche (dans cette région, le kilométrage ne signifie pas grand-chose car les dénivelées étant importantes le rythme n’est jamais le même). Toujours à pied car la compagnie ne dispose que d’un véhicule : la jeep du capitaine. Le bivouac est l’école de la vie en campagne, le repos après l’effort mais aussi, souvent, la fête au village pour des populations qui n’ont pas vu de « visiteurs » depuis de longs mois, parfois des années. Notre arrivée était généralement annoncée par le « téléphone malgache », presque toujours confirmée par un coureur, pieds nus et armé d’une sagaie que l’on envoyait en avant. Elle donnait lieu à un cérémonial sympathique : contact avec le chef de village (parfois chef de canton), salutations, présentations des notables et des anciens combattants (2). Souvent échange de cadeaux, reconnaissance des lieux de bivouac, point d’eau, invitations….. Les villageois nous offraient invariablement de la nourriture : depuis le zébu (toujours sur pieds) au poulet ou à la main de bananes (jamais de régime car, dans cette région, les bananiers sont rares) ou au mini sac de riz. Il n’était pas question de refuser mais lorsque c’était un zébu (souvent), nous l’attrapions, l’abattions et le partagions avec la population. C’était alors la liesse car, c’est paradoxal, mais dans cette région d’élevage, les autochtones consommaient rarement de la viande de zébu. La liste des villages-étapes avaient été, au préalable, préparée par mes soins avec les autorités civiles locales. C’étaient généralement les plus importants….encore que, hors des pistes automobilables, l’importance soit toute relative ! Toujours est-il qu’un jour d’avril 1958 après une étape relativement facile, le détachement arrive en fin de matinée, sous un soleil de plomb, dans un village d’une quarantaine de cases, situé sur un plateau aux allures sahéliennes. Beaucoup de bozaka (lire bouzac), cette herbe qui, en plus dense, ressemble à notre « baouque » provençale mais peu d’arbres, quelques manguiers et de rares eucalyptus. Comme à l’accoutumée, le village est rassemblé : une trentaine de personnes derrière la dizaine de notables. Je suis accompagné de notre interprète, un caporal-chef malgache par ailleurs spécialiste transmissions. C’est lui qui, tous les soirs, met en œuvre le poste radio ANGRC 9 qui nous relie à la capitale. La discussion s’instaure, conviviale, et, très rapidement j’apprends deux choses importantes. D’une part, que nous sommes tous conviés, le soir même, à une petite fête avec la population du village (musique, chants et danses traditionnelles toujours à la tombée de la nuit). D’autre part, que le chef de canton réside dans un village voisin de quelques kilomètres seulement que je n’avais pas prévu de visiter ! Je suis plutôt mécontent de ne pas avoir été avisé de ce fait avant mon départ. A l’inverse, mes interlocuteurs paraissent particulièrement satisfaits d’avoir été « choisis ». Je décide alors, sur le champ, de laisser (2) Au sens le plus large du terme : qui a porté l’uniforme. l’installation du détachement à mon adjoint et je pars immédiatement saluer le chef de canton. Les trois kilomètres, au plus, qui séparent les deux villages sont franchis allègrement, comme c’est toujours le cas quand nous n’avons pas nos sacs à dos dont le poids excède toujours les 18 à 20 kilos. Je suis accompagné de l’interprète et de deux tirailleurs dont Barandji, mon ordonnance, un Sarah d’un mètre quatre-vingt. Nous apercevons d’assez loin, les lisières du village. Une dizaine d’individus, des hommes, pas de femmes et pas d’enfants –ce qui est assez rare car, partout, notre présence attise la curiosité des plus jeunes, les « zazakelly ». A notre approche, l’un des hommes s’avance vers nous ; c’est le chef de canton. Il nous attendait, nous remercie d’être venus mais s’étonne du peu d’importance de notre groupe. Je crois avoir compris avant que notre interprète, Razaf, me le traduise. J’essaie d’expliquer aussi clairement que possible que le détachement est resté dans le village voisin car….. mes arguments sont oiseux mais c’est ainsi ! Mon interlocuteur semble les accepter et m’invite à visiter le village. Je l’accompagne en maudissant le secrétaire du chef de province qui ne m’a pas renseigné correctement. Le village a été nettoyé. Il est même d’une propreté méticuleuse. Le devant des cases vient d’être balayé. Les feux sont éteints. Les ustensiles sont rangés. Le grand jeu ! Le grand jeu mais une population rare et figée. Où sont les habitants ? Les enfants surtout. Aux champs, parait-il ! Nous ne sommes pas invités à boire le verre d’eau fraîche (« rano mangasika ») traditionnel ni à nous asseoir pour palabrer comme c’est le plus souvent le cas. Je ne suis pas très à l’aise et ne tiens pas à prolonger la visite. Nous allons nous séparer de nos hôtes lorsque le chef de canton appelle un de ses notables qui tient un poulet dans ses bras. « Pour toi, mon lieutenant, avec leurs remerciements » traduit Razaf. Je prends le poulet, remercie et le donne à Barandji. Nous n’avons pas fait cent cinquante mètres que Razaf me dit : « Mon lieutenant, fais lâcher le poulet, il est boiteux ». « Mais si nous le lâchons il va partir » ? « Oui, mon lieutenant, mais ainsi ils verront que tu n’es pas content ». « Tu es sûr qu’il est boiteux ? ». « Oui, oui, je sais comment ils sont ». « Bon, Barandji, lâche le poulet ! ». « Mais, comment, mon lieutenant ». « Exécute et ne discute pas ! ». De mauvaise grâce, Barandji lâche le poulet qui immédiatement s’enfuit vers le village….en boitant ! « Razaf, tu avais raison mais il faudra m’expliquer ». Et tout en marchant, Razaf m’explique la mauvaise humeur du chef de canton qui, par ailleurs, est en assez mauvais terme avec le chef de village où nous bivouaquons. Avec ce geste, il a voulu marquer son mécontentement. Il ajoute « je ne suis pas sorcier mais j’ai de bonnes oreilles ». Cet épisode m’indispose, je n’apprécie pas cette situation qui risque d’exacerber l’antagonisme entre les deux villages, mais sous certains aspects, il m’amuse lorsque j’imagine la tête du chef de canton récupérant son volatile boiteux. L’histoire pourrait s’arrêter là, mais ce n’est pas le cas. Le soir, chez nos hôtes, les préparatifs vont bon train. Sur la place de latérite parfaitement nettoyée, les villageois ont placé une grosse caisse en bois et, sur cette caisse, un fauteuil, un fauteuil de fabrication locale mais un fauteuil. Il ne doit pas y en avoir beaucoup dans le village. A la nuit tombée, le chef ce village vient nous chercher. A l’exception du poste de garde, les tirailleurs, mêlés à la population, sont déjà installés autour de la place. C’est alors qu’arrive ce que je redoutais depuis quelques instants….le chef de village m’invite à m’asseoir dans le fauteuil. Je refuse poliment, arguant que cette place lui revient de droit mais il ne veut pas en démordre. Je propose alors de descendre le fauteuil de son piédestal, il n’en est pas question ! Je monte donc sur ce podium improvisé avec la désagréable impression d’être ridicule mais autour de moi, je ne décèle aucun sourire, même chez ceux habituellement connus pour leur impertinence. La fête commence donc par des danses exécutées par des couples en costume traditionnel. Ils miment la récolte du paddy. La musique est douce, répétitive. Les danseurs et les musiciens semblent y prendre un réel plaisir, les spectateurs aussi. La première danse est à peine terminée que Razaf s’approche de moi et me dit : « Mon lieutenant, le chef de canton est là ». « Où ? ». « Derrière le fauteuil, il veut te parler ». Trop content de quitter mon « trône », je descends et suis l’interprète jusqu’à notre visiteur du soir. Traduction de Razaf : « Mon lieutenant, excuse-nous pour le poulet ; j’ai été trompé par celui qui me l’a donné. Accepte celui-ci et reste notre ami ». Je suis un peu interloqué, il fait nuit, c’est peut-être le même poulet ? Pourtant, Razaf sourit et opine du chef. Après tout je n’ai aucune raison de refuser même si son excuse ne me trompe pas. Je prends donc le poulet et le donne à Razaf et j’invite mon nouvel ami à prendre place avec moi….à côté du fauteuil et la fête continue. Mon nouvel ami ? Je ne croyais pas si bien penser car le lendemain matin, aux aurores, lorsque le détachement quitte son bivouac, il est là, avec certains de ses notables, pour nous saluer et solliciter une photo souvenir que j’ai conservée! Et voilà ! La mauvaise information initiale, l’oubli d’un secrétaire du chef de province, ont- ils contribué à rapprocher les deux villages ? Je ne l’ai jamais su et ne le saurai jamais mais, après plus d’un demi-siècle, j’en garde encore le secret espoir.

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"Un appelé en Kabylie"...nos commentaires (2ème partie)

Publié le par Cipion

" Un appelé en Kabylie" (2ème partie)

Juliane à compléter la première partie de ce commentaire mais vous allez le voir son texte dépasse largement le simple commentaire et, je le souligne, elle l’a écrit de mémoire (sauf pour quelques dates) pour nos enfants. Elle l’a intitulé :

« Mon Algérie »

Nous avons appris le départ de papa pour l’Algérie à peu près au même moment que ma nouvelle grossesse (la 3ème). Nous rentrions de Madagascar (Tananarive) et venions de trouver difficilement un appartement avec douche mais sans eau chaude et sans chauffage. Nous avons donc dû faire poser un chauffe eau à butane, branché sur la même bouteille de gaz que la cuisinière à 3 trous que nous venions d’acheter et installer un poêle à mazout dans une grande cheminée. C’était au Château Marquant prés de la départementale Le Beausset/ Bandol sur les terres de la commune de La Cadière d’Azur. Isabelle venait d’avoir 2 ans, Stéphane 6 mois.

Pourquoi La Cadière, près du Beausset et pas Strasbourg où se trouvaient les Savariat ? Parce que papa pensait que s’il avait une petite permission, Alger-Marseille se ferait plus facilement que Alger-Strasbourg. Vrai, mais irréaliste, car il n’y eut pas de permission….sauf 3 semaines bien après la naissance de Thierry le 6 février (1960) et….non le 12 comme nous l’avions prévu à l’intuition. A cette époque la science et les moyens d’investigation concernant la grossesse étaient à des années lumière de ce que, les uns et les autres, vous connaissez maintenant.

Papa voyant le terme arriver, me suppliait, dans ses lettres, de quitter le Château Marquant, relativement isolé et sans téléphone, à 6 km du Beausset où je ne pouvais me rendre qu’en voiture, pour m’installer chez papy et mamie qui à l’époque habitaient dans le village.

Le 5 février, je prends donc la grande décision de monter au Beausset. Ce jour là, à midi il y avait des saucisses aux lentilles. C’était un jeudi, c’est important car le vendredi papy se levait à 4 heures du matin pour aller chercher sa viande à l’abattoir, à Marseille, où il avait ses habitudes et connaissait tout le monde pour y avoir fait ses achats depuis le début de sa carrière de boucher et y être resté fidèle malgré ses changements de résidence.

Donc, dans la nuit du jeudi 5 au vendredi 6, me voilà prise de coliques. Les toilettes étant sur la terrasse au premier étage, les chambres au deuxième, il y avait un seau hygiénique que mamie avait préparé pour le cas où Isa –qui était propre, c’est à souligner- aurait envie de faire pipi. Je me lève une fois, puis deux, puis trois et mamie arrive me demandant ce qui se passait. « Je crois que je ne digère pas les lentilles, j’ai des coliques mais…….» « Mais voyons, vous êtes en train d’accoucher » « Vous croyez » « Sûr et comme vous devez aller à Toulon, il ne s’agit pas d’attendre le dernier moment. Je vais chercher papy au magasin, il doit encore être là ». Il était en effet presque 5 heures et il venait juste de partir.

Le temps pour papy de revenir et de m’amener à l’hôpital militaire Ste Anne à Toulon où nous arrivons vers 6h30. La sage-femme qui m’examine pique sa crise car j’ai eu la maladresse de lui dire « Puis-je savoir si je reste ou si je peux repartir car mon beau-père m’accompagne et ne peut pas attendre ? » « Repartir, me dit-elle, vous attendiez quoi pour venir…de le faire dans l’escalier ! » ;

Papy est donc reparti, lui, et mon bébé est né à….8 heures exactement. Thierry, Marie, Roger, 3kg990, baptisé à la chapelle de l’hôpital le jour de mon départ de la maternité. Tous les Ciccione étaient réunis seule Tante Yo était restée au Château pour s’occuper d’Isabelle et de Stéphane à qui elle avait voulu, en 8 jours, et à 15 mois, apprendre à faire pipi au pot ! Ca partait d’un bon sentiment mais ça n’a pas marché. Papa était alors à Ouled-Ameur (V. 1ère partie) et attendait mon télégramme.

Il est arrivé en permission (de 28 jours) le 2 mars 1960. Vous imaginez mon impatience. J’étais tout de neuf vêtue, sauf le manteau. Mamie ou Danièle, je ne sais plus, vous a gardé tous les trois et je suis allée seule à Marignane ( pas d’autre itinéraire, sauf très compliqué, à l’époque, que de traverser Marseille d’est en ouest). J’ai vu arriver « MON » lieutenant, en uniforme et j’ai alors découvert « MON » guerrier par sa barrette de décoration. Mon cœur a explosé. Avant qu’il passe à la douane, j’ai pu m’approcher suffisamment de lui pour caresser cette barrette du bout des doigts. Il ne m’avait pas écrit qu’il avait été cité. Il avait donc combattu et pris des risques. J’étais fière de mon valeureux guerrier. Jamais, au grand jamais, je n’ai pensé qu’il pourrait être blessé et encore moins tué. Notre Amour était exceptionnel et le rendait invulnérable.

Après la douane et les formalités de police, j’ai sauté dans ses bras, j’ai tout oublié….j’ai oublié de lui dire combien j’étais fière de l’avoir pour mari, le père de nos enfants. Lui ne m’a vraiment parlé que juste avant d’arriver au Beausset …….aïe….. mais l’heure était alors de cristal léger, léger ! Il découvrait son bébé (le 3 ème !), superbe, et retrouvait ses deux petits. Stéphane, lui, regardait d’un œil étrange cet homme qui enlaçait sa mère (Papa pour lui n’était qu’une photo) qui, avec lui, paraissait tellement heureuse. En effet, le seul homme de son entourage avait été jusqu’alors : « papy » avec qui il faisait la sieste pelotonné sur son ventre. Isa, tout sourire et charme, tenait absolument à séduire son papa que nous étions si heureux de revoir.

Papa était un peu surpris par le rythme des biberons, des repas mixés pour Steph et des repas normaux pour Isa qui n’étaient pas forcément les mêmes que les nôtres. Débordé aussi par les couches (pas encore jetables), deux enfants dans les couches sans machine à laver ni le linge ni la vaisselle. Il est vrai que pour mon beau et valeureux guerrier, ce quotidien là était très éloigné de sa vie dans le djebel…comment disait-il « sur les crêtes ». Ce furent des journées merveilleuses…bien trop courtes. Le 5 mars, cependant, me revoilà seule…avec mes 3 bambins et un déménagement. Papa m’avait signé plusieurs feuille en blanc pour le cas ou ! Car, à l’époque, nous ne pouvions rien faire sans l’autorisation de nos maris, même pas connaître le solde de notre CCP pour lequel j’avais délégation, encore moins sortir « ses » enfants de métropole.

« Avez-vous l’autorisation de votre mari ? » « Oui ». Le jour du départ, à la police de l’aéroport, bagages et bébé sur les bras, je sors fièrement mon autorisation écrite de ma main et signée de mon mari ; « Ah ! mais madame, elle n’est pas valable » « Quoi ? » « Non, la signature n’est pas certifiée conforme » « Alors ? » « Demandez à votre mari de la faire certifier » « Mais c’est impossible »…et d’expliquer que c’est justement lui que j’allais rejoindre et que pour couver et faire « SON » petit, je n’avais pas eu besoin d’autorisation certifiée. Et d’ajouter que maintenant, quoi qu’il arrive, le monterai dans cet avion car « il m’attend à Alger pour m’amener en Kabylie aujourd’hui et pas demain ». Toute jeune, haute comme 3 pommes avec mes 3 petits, sûre de mon bon droit, j’ai fini par émouvoir le policier et me voilà enfin en haut de la coupée prête à entrer dans l’avion lorsque l’hôtesse de l’air, tout sourire, découvrant mes trois bébés me dit « Où est la personne qui vous accompagne ? » « Je suis seule » « Madame, vous ne pouvez voyager seule avec deux enfants de moins de deux ans, décollage oblige ». Alors là s’en était trop !

Après divers échanges au couteau, je lui dis « Eh bien ! Mademoiselle, c’est vous qui vous en chargerez. Vous voudrez bien aussi faire déplacer un voyageur pour que ma petite fille soit assise à coté de moi et mes deux bébés » C’est ainsi que mon voisin s’est retrouvé avec Thierry dans les bras pour le décollage et l’atterrissage. Alors que je me confondais en excuses et en remerciements il m’expliquait que, père de famille, il s’était beaucoup amusé de cette situation qui l’avait ramené quelques années en arrière. Une heure trente plus tard, j’étais dans les bras de mon mari et tout était oublié. Il était venu nous chercher avec notre voiture personnelle (une SIMCA Aronde bleue, achetée en rentrant de Madagascar). J’étais sur un petit nuage et je découvrais, avec surprise, les nombreux nids de cigognes sur les toits des maisons de Ménerville à Bordj-Ménaïel (BM pour la suite), plus que je n’en avais jamais vu dans mon Alsace natale. Arrivés à BM, papa s’arrête chez un commerçant, « Attendez-moi là » dit-il. Victime des informations métropolitaines (souvenez-vous des »barricades » de janvier) je me suis fait toute petite sur mon siège, disant aux enfants, interloqués, de ne pas bouger. J’avoue avoir vu revenir votre père avec soulagement. Et nous voilà repartis pour la dernière étape, notre appartement au 4° étage d’un petit immeuble qui n’en comptait que 4…étages dont papa m’avait envoyé le plan sur lequel j’avais rêvé de nombreuses heures (Fortu vous en décrit la situation géographique). J’y découvre les meubles que j’avais achetés avant de partir car pour que le déménagement soit officiel, donc remboursé, il fallait un certain cubage et, au Château, nous avions vécu avec du mobilier prêté par papy et mamie complété par des cantines recouvertes de couvertures marocaines. Ce n’était pas vilain et très coloré, du moins c’est le souvenir que j’en ai. Appartement joliment arrangé par l’assistante sociale ou une auxiliaire sociale ( ?) qui était sous les ordres de papa. La vaisselle était en place, il y avait quelques provisions essentielles dans le placard……j’ai conscience, maintenant, de ne pas l’avoir assez remerciée mais c’est un peu tard, n’est-ce pas ? Etonnant mais cela s’est passé exactement comme FORTU le décrit à la page 230 pour l’arrivée de Jocelyne sa femme. « Voilà, tout est en ordre. Il m’est impossible de rester. Tu devrais trouver tout ce dont tu as besoin. Débrouille-toi. Je reviendrai ce soir, je ne sais pas à quelle heure…si je reviens ! » Etait-ce un test d’aptitude ? Je ne sais, je n’ai jamais su.

Donc, je nous installe et c’est alors que…j’entends un bruit sur le palier. Je regarde par le mouchard et vois un….arabe – pour moi les habitants de l’Algérie sont des arabes – enturbanné, déposer un paquet entouré de chiffons sur le palier (nous étions au dernier étage, en face il y avait un autre appartement mais était-il occupé ?) et redescendre, me semble-t-il, furtivement. L’œil rivé au mouchard, j’étais paralysée : si c’était une bombe ? Et voilà mon fellah qui remonte avec un balai à la main….c’était « l’homme de ménage » de l’immeuble. Ouf ! C’est la dernière fois que j’ai eu peur. Le secteur était pacifié, la vie était belle, nous étions ensemble, nous nous aimions, rien ne pouvait nous arriver.

Papa vous parle de notre « petite bonne kabyle » Zohra. En fait c’était ce qu’on peut appeler « un beau morceau de fille » pas très dynamique, ni efficace, mais de confiance. Lorsque l’eau n’arrivait pas jusqu’à notre dernier étage – ce qui était assez fréquent – elle allait chez les Fortu à l’étage en dessous où l’eau coulait presque normalement et effectuait des allers et retours couscoussier sur la tête pour nous permettre de faire au moins la cuisine. La nuit je remplissais la baignoire sabot, car la pression revenait, pour les bains des enfants, la lessive et le ménage.

Oui, nous nous sommes bien entendus Jocelyne et moi et avons vécu ensemble des moments très intenses. Nos déplacements à Alger ont presque toujours été des « épopées » pas forcément appréciées par nos maris. Deux me reviennent en mémoire :

  • le premier, alors que nous avions franchi la barrière du couvre-feu (qui se situait, me semble-t-il, aux Issers entre Ménerville et BM) à une seconde près. Ce que ne pouvaient ignorer nos maris qui nous attendaient l’œil rivé à leur montre et commençaient à se faire du souci ;
  • le deuxième, ce fut le comble ! Nous n’étions déjà pas en avance lorsque j’ai eu un accrochage dans Alger. Oh ! pas grave mais….le temps de faire le constat et d’échanger nos adresses….nous arrivons aux Issers juste après la fermeture de la barrière. Pas question de nous laisser passer ! Le chef de poste accepte cependant de téléphoner au PC du régiment. Je dis à Jocelyne « Prions pour que s’il y en a un à l’autre bout du fil, se soit ton mari car le mien dira d’abord : ‘elles n’ont qu’à coucher sur place et reviendront demain matin’ ». Je me souviens seulement qu’une jeep et une automitrailleuse sont venues pour nous ramener à BM. Je crois que Paul était dans la jeep. Papa nous attendait à BM l’œil sombre mais sans commentaire. Pour corsé le tout, je me suis aperçu, quelques jours après, que j'avais conservé le carnet de commandes du « gas qui m’était rentré dedans » !

La pacification, papa vous en parle, il la vivait au quotidien et je me disais «puis-je l’aider ? Au moins participer ? ». Pour moi, c’était simple et sans ambiguïté. J’en avais parlé avec l’assistante sociale, il suffisait que j’apprenne aux femmes à se servir du matériel de première utilité que l’Armée mettait à leur et à notre disposition. Dans ces villages regroupés, il y avait toujours une école, une infirmerie et, souvent, une salle de réunion (une mechta) où les femmes ne se rendaient que si elles étaient sûres d’y trouver une présence féminine et encore, au début, avec quelques réticences.

L’assistante sociale m’avait amenée dans plusieurs de ces mechtas : terre battue, sans eau ni électricité mais méticuleusement tenues. La glace cassée, j’y retrouvais généralement de jeunes femmes accueillantes qui me saluaient à la façon musulmane : main sur le cœur, puis aux lèvres, puis au front pour terminer vers le ciel. Elles m’offraient du café que je refusais avec le sourire…c’était, paraît-il, une énorme gaffe !

Elles sont venues à mes après-midi – une par semaine -, les vieilles d’abord, puis les plus jeunes avec leur bébé sur la hanche et des « scoubidous » un peu partout (plus gri-gri moderne que bijoux). Toutes avaient un seul rêve « être kif-kif les femmes de métropole » c’était, pour moi, une excellente raison de vouloir l’Algérie Française. Je ne suis pas restée longtemps avec elles, à peine 3 mois, mais les plus anciennes ont appris à tricoter, les plus jeunes à préparer un biberon avec du lait en poudre et ma grande victoire a été d’arriver à donner un bain à un bébé de 4 ou 5 mois. Je crois que par tradition un bébé n’était pas baigné avant un an. Celui-là avait des croûtes de lait impressionnantes. Il ne fallait effectivement pas les laver mais les imprégner tout doucement d’huile d’amandes douces pour qu’elles se décollent peu à peu avant que nous puissions le baigner, nous y sommes parvenues.

J’ai découvert aussi que l’extrême pauvreté rendait méchant et jaloux du peu qu’avait l’autre.

Un jour arrive une jeune femme avec son bébé, je l’interroge mais personne ne veut traduire. Pourquoi ? Je parviens, par bribes, à comprendre. C’est une femme de fellagha, son mari a été tué par les français, je ne dois rien lui donner. Que faire ? Son bébé à faim, elle aura du lait pour lui. J’ajoute « Si elle trahit, vous me le direz ».

Une autre fois, j’ai eu droit à une dispute sérieuse parce que j’avais traité une des vieilles femmes qui apprenait à tricoter - et n’y arrivait pas – de « bourrique à louer ». Expression souvent employée par ma mère lorsque nous faisions preuve de mauvaise volonté, mon frère ou moi. Elle était sévère mais pleine d’affection. Hélas ! ma vieille kabyle n’avait compris que « bourrico ». « Bourrico, bourrico, me dit-elle, toi roumi, moi… » et de faire avec la main le geste très expressif de couper la gorge ! Dans la mechta c’était la révolution avec cris et vociférations. Je ne sais plus comment je m’en suis sorti mais en fin de séance le calme était revenu.

Il m’est arrivé aussi d’avoir des renseignements, toujours sous le sceau du secret. Lorsque j’en parlais à papa il était déjà au courant ! Bien sûr, je n’étais pas venue faire la guerre mais quand elle est là, à notre porte, on ne peut l’ignorer et rester neutre. Il y a des valeurs auxquelles on croit et qu’il faut défendre. Cela vous oblige parfois à prendre partie et à vous engager. Seuls les gens qui se contentent de parler de guerre en pantoufles devant un verre de vin soutiendront le contraire.

J’allais donc dans les quartiers et dans les douars, sans escorte, seule avec ma voiture personnelle, ne connaissant pas l’Arabe – en principe tout le monde parlait peu ou prou le français, chez certains commerçants à BM on entendait même l’alsacien -. Un jour un gendarme intriguait par cette voiture civile arrêtée devant une mechta, entre et tombe sur une de nos réunions. S’étonne de me trouver seule au milieu de cette assemblée de femmes kabyles et m’interpelle « Que faites-vous là ? » Je le lui explique. « Sans escorte ? » « Oui » « J’espère que vous êtes bien payée ! » « Je fais du bénévolat, Monsieur ! » « Et bien, madame, c’est de l’inconscience à l’état pur. Jamais je n’autoriserai ma femme à faire une chose pareille. Dites-le à votre mari ». Avec le recul, je pense qu’il n’avait pas totalement tort mais je n’en ai pas parlé à papa.

C’était d’ailleurs mon destin, je devais « faire campagne en Algérie » car mon guerrier muté à Coët, persuadé qu’il arriverait à convaincre le général de le renvoyer en Algérie me dit en partant : « Ne bouge pas, dans 15 jours je reviens ! ». Pas de problème mais….il est resté en Bretagne. A BM, avec les gosses, j’ai refait le déménagement et les démarches pour reprendre l’avion…dans l’autre sens. Rien n’était simple car c’était le début de l’exode, heureusement la solidarité militaire a joué à fond. Toutefois à BM après de longs mois de calme nous entendons les premiers coups de feu dans le lointain.

Thierry, mon bébé, indisposé par la chaleur, dans notre 4° étage sous le toit, me fait un début de toxicose. Fort heureusement sans conséquence grave.

A Alger, alors que j’allais chercher mes billets d’avion, je me fais voler mes papiers. Heureusement, à BM, le sous-préfet, qui était un ami, m’a tout refait, en quelques heures, sans justificatif, le plus long étant d’obtenir des photos d’identité.

Le jour du départ, j’ai passé près de 15 heures dans un aéroport en folie, bébés (je vous rappelle les âges : Isa 3 ans 3 mois ; Steph 1 an 9 mois ; Thier 6 mois), biberons, couches et bagages sous les bras. J’avais toujours deux enfants de moins de deux ans. Stéphane s’est donc retrouvé dans les bras de mon voisin qui, cette fois, étant jeune n’avait jamais tenu de bébé dans ses bras et n’a pas du tout apprécié.

J’étais cependant heureuse de partir pour retrouver mon mari et le « confort » breton. Jugez-en : première maison (près de Morlaix), pas d’eau à l’évier mais écoulement, les toilettes au fond du jardin ; deuxième maison (à Châteauneuf du Faou) eau à l’évier mais pas d’écoulement, pas de toilettes remplacées par un seau dit hygiénique ; troisième logement, toutes les commodités mais nous ne pouvions pas y rester plus de 15 jours car c’était une location de vacances et le propriétaire, un ancien gendarme, était à cheval sur le règlement. In fine, toujours en attendant un logement militaire à Coët, l’hôtel pendant plusieurs semaines à Bellevue, en face de l’Ecole. Enfin, l’appartement dans le camp : 2 pièces, cuisine, salle d’eau, WC au plancher défoncé, sans chauffage….pour 5 personnes puis 6 car Fred est né dans cette pépinière de grands chefs.

Je n’aborderai pas les problèmes financiers que nos déménagements successifs, sur les chapeaux de roues, ont occasionnés. L’impossibilité de donner les préavis de départ multipliant les loyers. Juillet/Août en Bretagne au prix des locations de vacances alors que la solde de Coët était loin d’être mirobolante.

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Pour nous, l’Algérie était terminée….pour les français aussi ! Nous nous étions engagés dans cette aventure avec tant de cœur, tant de passion, qu’il nous est arrivé souvent d’avoir les larmes aux yeux en écoutant les infos à la radio (nous n’avions pas encore la télé).

Publié dans Lambeaux de mémoire

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