La rubrique des saisons (2)

Publié le par Cipion

L’hiver.

« Que j’aime les premiers frissons d’hiver !

Le chaume, Sous le pied du chasseur refusant de ployer !"

Ce vers de Musset était alors connu par tous les élèves de l’école primaire.

C’était…. il y a longtemps !

« Les étoiles, en ces nuits claires, avaient cet éclat hivernal presque violent. »

Alain, l’auteur de cette assertion, avait, sans doute, regardé longuement notre ciel, en hiver, car il est vrai que par beau temps – c’est souvent le cas -, après souper – nous dirions dîner maintenant -, chez nous, la voûte céleste est presque agressive de pureté.

Toutes les encyclopédies le disent, l’HIVER c’est la saison la plus froide de l’année. Elle succède à l’AUTOMNE et, c’est important, elle prolonge la saison de la chasse. Elle la transforme même, si par bonheur, il tombe une fine couche de neige qui permet de découvrir, au soleil levant, les traces sculptées du ballet nocturne des hôtes à poils et à plumes de nos garrigues et de nos forêts. (1)

Mais l’HIVER c’est aussi, en partie, la saison des olives. En partie seulement car la saison des olives s’échelonne de septembre à décembre, le temps qu’il faut au fruit pour passer du vert au violet soutenu, de «l’olive cassée » à «l’olive pressée ».

Les puristes nous reprocheront d’avoir choisi l’hiver plutôt que l’automne mais nos souvenirs sont des souvenirs de petits matins froids et de doigts gelés ; de plus nos moulins ne fonctionnaient-ils pas principalement l’hiver ?

Les «estrangers » (mon grand-père disait : les Esquimaux) eux, ceux du Nord, au-delà de Montélimar, ceux qui croient encore que l’olive se croque sur l’arbre, pensent que nous galéjons lorsque nous leur expliquons que notre fruit-fétiche : l’olive, «a besoin de petites gelées et de pluies glaciales pour mûrir ».

Et pourtant…. écoutez ce qu’en disent encore certaines de nos charmantes « mémoires » :

« Au début du mois de décembre, toute la famille se retrouvait pour cueillir les olives. Le terrain (l’oliveraie) se trouvait sous St Probace et le travail s’effectuait de 10 heures du matin à 3 heures de l’après-midi car ensuite l’ombre arrivait et il faisait trop froid.

Chacun d’entre-nous avait un petit panier d’osier rond pendu autour du cou. Les plus jeunes et les plus agiles montaient dans les oliviers, les autres se servaient d’un escabeau. La cueillette terminée, nous amenions la récolte au moulin à huile de Mazaugues (1) car tous les moulins de ce genre avaient disparu à Tourves »

Ou encore…. «Le matin, dès 8 heures, nous partions sur la charrette du propriétaire qui nous avait embauchés. C’était en décembre, je me souviens qu’il faisait froid. La gelée blanche recouvrait la campagne, nos doigts étaient glacés. Sur la charrette, nous empilions échelles, draps de toile grise et ustensiles pour mettre les olives. Dès notre arrivée, nous mettions autour de notre taille un tablier –en fait une très grande poche- dans lequel nous mettions notre cueillette avant de la déposer dans les seaux. Quand les olives étaient trop hautes nous les faisions tomber avec un bambou sur un drap de sac étendu sous l’arbre. A l’heure du déjeuner –à cette époque là, nous disions «dîner »- nous allumions un grand feu de bois pour nous réchauffer.

Lorsque la récolte était rentrée, le propriétaire la portait au moulin de Mazaugues (1) pour en extraire l’huile. Parfois il était nécessaire de garder quelques temps les olives à la maison pour qu’elles mûrissent. » (A. Navarro)

Bien sûr, à cette époque de l'année, il s'agit des olives "noires" - en fait elles sont le plus souvent violettes - qui étaient cueillies ou ramassées pour en tirer notre sublime huile d'olives.

A. Garrassin nous a décrit ainsi le travail du moulin (2) :

« Après que la pierre eut écrasé les olives, on mettait la pâte dans «l’escourtin », paniers de crin plats qui étaient ensuite empilés les uns sur les autres puis pressés. L’huile qui en sortait était l’huile vierge (1er rail). Les paniers étaient ensuite arrosés avec de l’eau bouillante pour entraîner l’huile restante. Le mélange allait dans des bacs où chaque propriétaire cueillait son huile sur l’eau chaude à l’aide de la «feuille »- outil plat comme une grande poêle -. Ils versaient leur huile dans des gourdes de terre avant de la transférer dans des jarres – les toupines -. Sur le bord de la toupine était pendue une louche de fer avec un bec verseur dont ils se servaient pour leur usage personnel ».

Il y a encore, chez nous quelques oliveraies mais leur exploitation ne rythme plus la vie du village, ni n’alimente beaucoup notre imagination. Même les cigales ont presque totalement déserté, l’été, le tronc de nos oliviers.

Il est cependant encore des hommes et des femmes comme notre voisin René Raybaud, de Seillons, qui savent chanter les mérites de cet arbre mythique. Ecoutez le, en provençal, c’est magique :

« Quand sian pena, lou cor doulènt, « Lorsqu’en peine et le cœur souffrant,

Pèr tourna mai estre valènt, Pour à nouveau être vaillant,

Partèn lèu de-ven l’oulivetto, Partons vite vers l’olivette,

E li pèd subre il gravetto Et les pieds sur les graviers

Aussissen l’ouliviè parla Ecoutons l’olivier parler

E saren tout reviscoula ! » Et nous serons tout revigorés ! »

(1) Bien que la chasse soit interdite par temps «de neige ».

(2) A Tourves, au temps de la culture intensive de l’olivier, il y a eu, au moins, 3 moulins à huile qui fonctionnaient à eau ou à sang (mus par un animal : âne ou mulet). Le dernier se trouvait au Moulinet mais à l’époque des faits ces moulins étaient déjà fermés.

Publié dans contes

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