"Un appelé en Kabylie"...nos commentaires (2ème partie)

Publié le par Cipion

" Un appelé en Kabylie" (2ème partie)

Juliane à compléter la première partie de ce commentaire mais vous allez le voir son texte dépasse largement le simple commentaire et, je le souligne, elle l’a écrit de mémoire (sauf pour quelques dates) pour nos enfants. Elle l’a intitulé :

« Mon Algérie »

Nous avons appris le départ de papa pour l’Algérie à peu près au même moment que ma nouvelle grossesse (la 3ème). Nous rentrions de Madagascar (Tananarive) et venions de trouver difficilement un appartement avec douche mais sans eau chaude et sans chauffage. Nous avons donc dû faire poser un chauffe eau à butane, branché sur la même bouteille de gaz que la cuisinière à 3 trous que nous venions d’acheter et installer un poêle à mazout dans une grande cheminée. C’était au Château Marquant prés de la départementale Le Beausset/ Bandol sur les terres de la commune de La Cadière d’Azur. Isabelle venait d’avoir 2 ans, Stéphane 6 mois.

Pourquoi La Cadière, près du Beausset et pas Strasbourg où se trouvaient les Savariat ? Parce que papa pensait que s’il avait une petite permission, Alger-Marseille se ferait plus facilement que Alger-Strasbourg. Vrai, mais irréaliste, car il n’y eut pas de permission….sauf 3 semaines bien après la naissance de Thierry le 6 février (1960) et….non le 12 comme nous l’avions prévu à l’intuition. A cette époque la science et les moyens d’investigation concernant la grossesse étaient à des années lumière de ce que, les uns et les autres, vous connaissez maintenant.

Papa voyant le terme arriver, me suppliait, dans ses lettres, de quitter le Château Marquant, relativement isolé et sans téléphone, à 6 km du Beausset où je ne pouvais me rendre qu’en voiture, pour m’installer chez papy et mamie qui à l’époque habitaient dans le village.

Le 5 février, je prends donc la grande décision de monter au Beausset. Ce jour là, à midi il y avait des saucisses aux lentilles. C’était un jeudi, c’est important car le vendredi papy se levait à 4 heures du matin pour aller chercher sa viande à l’abattoir, à Marseille, où il avait ses habitudes et connaissait tout le monde pour y avoir fait ses achats depuis le début de sa carrière de boucher et y être resté fidèle malgré ses changements de résidence.

Donc, dans la nuit du jeudi 5 au vendredi 6, me voilà prise de coliques. Les toilettes étant sur la terrasse au premier étage, les chambres au deuxième, il y avait un seau hygiénique que mamie avait préparé pour le cas où Isa –qui était propre, c’est à souligner- aurait envie de faire pipi. Je me lève une fois, puis deux, puis trois et mamie arrive me demandant ce qui se passait. « Je crois que je ne digère pas les lentilles, j’ai des coliques mais…….» « Mais voyons, vous êtes en train d’accoucher » « Vous croyez » « Sûr et comme vous devez aller à Toulon, il ne s’agit pas d’attendre le dernier moment. Je vais chercher papy au magasin, il doit encore être là ». Il était en effet presque 5 heures et il venait juste de partir.

Le temps pour papy de revenir et de m’amener à l’hôpital militaire Ste Anne à Toulon où nous arrivons vers 6h30. La sage-femme qui m’examine pique sa crise car j’ai eu la maladresse de lui dire « Puis-je savoir si je reste ou si je peux repartir car mon beau-père m’accompagne et ne peut pas attendre ? » « Repartir, me dit-elle, vous attendiez quoi pour venir…de le faire dans l’escalier ! » ;

Papy est donc reparti, lui, et mon bébé est né à….8 heures exactement. Thierry, Marie, Roger, 3kg990, baptisé à la chapelle de l’hôpital le jour de mon départ de la maternité. Tous les Ciccione étaient réunis seule Tante Yo était restée au Château pour s’occuper d’Isabelle et de Stéphane à qui elle avait voulu, en 8 jours, et à 15 mois, apprendre à faire pipi au pot ! Ca partait d’un bon sentiment mais ça n’a pas marché. Papa était alors à Ouled-Ameur (V. 1ère partie) et attendait mon télégramme.

Il est arrivé en permission (de 28 jours) le 2 mars 1960. Vous imaginez mon impatience. J’étais tout de neuf vêtue, sauf le manteau. Mamie ou Danièle, je ne sais plus, vous a gardé tous les trois et je suis allée seule à Marignane ( pas d’autre itinéraire, sauf très compliqué, à l’époque, que de traverser Marseille d’est en ouest). J’ai vu arriver « MON » lieutenant, en uniforme et j’ai alors découvert « MON » guerrier par sa barrette de décoration. Mon cœur a explosé. Avant qu’il passe à la douane, j’ai pu m’approcher suffisamment de lui pour caresser cette barrette du bout des doigts. Il ne m’avait pas écrit qu’il avait été cité. Il avait donc combattu et pris des risques. J’étais fière de mon valeureux guerrier. Jamais, au grand jamais, je n’ai pensé qu’il pourrait être blessé et encore moins tué. Notre Amour était exceptionnel et le rendait invulnérable.

Après la douane et les formalités de police, j’ai sauté dans ses bras, j’ai tout oublié….j’ai oublié de lui dire combien j’étais fière de l’avoir pour mari, le père de nos enfants. Lui ne m’a vraiment parlé que juste avant d’arriver au Beausset …….aïe….. mais l’heure était alors de cristal léger, léger ! Il découvrait son bébé (le 3 ème !), superbe, et retrouvait ses deux petits. Stéphane, lui, regardait d’un œil étrange cet homme qui enlaçait sa mère (Papa pour lui n’était qu’une photo) qui, avec lui, paraissait tellement heureuse. En effet, le seul homme de son entourage avait été jusqu’alors : « papy » avec qui il faisait la sieste pelotonné sur son ventre. Isa, tout sourire et charme, tenait absolument à séduire son papa que nous étions si heureux de revoir.

Papa était un peu surpris par le rythme des biberons, des repas mixés pour Steph et des repas normaux pour Isa qui n’étaient pas forcément les mêmes que les nôtres. Débordé aussi par les couches (pas encore jetables), deux enfants dans les couches sans machine à laver ni le linge ni la vaisselle. Il est vrai que pour mon beau et valeureux guerrier, ce quotidien là était très éloigné de sa vie dans le djebel…comment disait-il « sur les crêtes ». Ce furent des journées merveilleuses…bien trop courtes. Le 5 mars, cependant, me revoilà seule…avec mes 3 bambins et un déménagement. Papa m’avait signé plusieurs feuille en blanc pour le cas ou ! Car, à l’époque, nous ne pouvions rien faire sans l’autorisation de nos maris, même pas connaître le solde de notre CCP pour lequel j’avais délégation, encore moins sortir « ses » enfants de métropole.

« Avez-vous l’autorisation de votre mari ? » « Oui ». Le jour du départ, à la police de l’aéroport, bagages et bébé sur les bras, je sors fièrement mon autorisation écrite de ma main et signée de mon mari ; « Ah ! mais madame, elle n’est pas valable » « Quoi ? » « Non, la signature n’est pas certifiée conforme » « Alors ? » « Demandez à votre mari de la faire certifier » « Mais c’est impossible »…et d’expliquer que c’est justement lui que j’allais rejoindre et que pour couver et faire « SON » petit, je n’avais pas eu besoin d’autorisation certifiée. Et d’ajouter que maintenant, quoi qu’il arrive, le monterai dans cet avion car « il m’attend à Alger pour m’amener en Kabylie aujourd’hui et pas demain ». Toute jeune, haute comme 3 pommes avec mes 3 petits, sûre de mon bon droit, j’ai fini par émouvoir le policier et me voilà enfin en haut de la coupée prête à entrer dans l’avion lorsque l’hôtesse de l’air, tout sourire, découvrant mes trois bébés me dit « Où est la personne qui vous accompagne ? » « Je suis seule » « Madame, vous ne pouvez voyager seule avec deux enfants de moins de deux ans, décollage oblige ». Alors là s’en était trop !

Après divers échanges au couteau, je lui dis « Eh bien ! Mademoiselle, c’est vous qui vous en chargerez. Vous voudrez bien aussi faire déplacer un voyageur pour que ma petite fille soit assise à coté de moi et mes deux bébés » C’est ainsi que mon voisin s’est retrouvé avec Thierry dans les bras pour le décollage et l’atterrissage. Alors que je me confondais en excuses et en remerciements il m’expliquait que, père de famille, il s’était beaucoup amusé de cette situation qui l’avait ramené quelques années en arrière. Une heure trente plus tard, j’étais dans les bras de mon mari et tout était oublié. Il était venu nous chercher avec notre voiture personnelle (une SIMCA Aronde bleue, achetée en rentrant de Madagascar). J’étais sur un petit nuage et je découvrais, avec surprise, les nombreux nids de cigognes sur les toits des maisons de Ménerville à Bordj-Ménaïel (BM pour la suite), plus que je n’en avais jamais vu dans mon Alsace natale. Arrivés à BM, papa s’arrête chez un commerçant, « Attendez-moi là » dit-il. Victime des informations métropolitaines (souvenez-vous des »barricades » de janvier) je me suis fait toute petite sur mon siège, disant aux enfants, interloqués, de ne pas bouger. J’avoue avoir vu revenir votre père avec soulagement. Et nous voilà repartis pour la dernière étape, notre appartement au 4° étage d’un petit immeuble qui n’en comptait que 4…étages dont papa m’avait envoyé le plan sur lequel j’avais rêvé de nombreuses heures (Fortu vous en décrit la situation géographique). J’y découvre les meubles que j’avais achetés avant de partir car pour que le déménagement soit officiel, donc remboursé, il fallait un certain cubage et, au Château, nous avions vécu avec du mobilier prêté par papy et mamie complété par des cantines recouvertes de couvertures marocaines. Ce n’était pas vilain et très coloré, du moins c’est le souvenir que j’en ai. Appartement joliment arrangé par l’assistante sociale ou une auxiliaire sociale ( ?) qui était sous les ordres de papa. La vaisselle était en place, il y avait quelques provisions essentielles dans le placard……j’ai conscience, maintenant, de ne pas l’avoir assez remerciée mais c’est un peu tard, n’est-ce pas ? Etonnant mais cela s’est passé exactement comme FORTU le décrit à la page 230 pour l’arrivée de Jocelyne sa femme. « Voilà, tout est en ordre. Il m’est impossible de rester. Tu devrais trouver tout ce dont tu as besoin. Débrouille-toi. Je reviendrai ce soir, je ne sais pas à quelle heure…si je reviens ! » Etait-ce un test d’aptitude ? Je ne sais, je n’ai jamais su.

Donc, je nous installe et c’est alors que…j’entends un bruit sur le palier. Je regarde par le mouchard et vois un….arabe – pour moi les habitants de l’Algérie sont des arabes – enturbanné, déposer un paquet entouré de chiffons sur le palier (nous étions au dernier étage, en face il y avait un autre appartement mais était-il occupé ?) et redescendre, me semble-t-il, furtivement. L’œil rivé au mouchard, j’étais paralysée : si c’était une bombe ? Et voilà mon fellah qui remonte avec un balai à la main….c’était « l’homme de ménage » de l’immeuble. Ouf ! C’est la dernière fois que j’ai eu peur. Le secteur était pacifié, la vie était belle, nous étions ensemble, nous nous aimions, rien ne pouvait nous arriver.

Papa vous parle de notre « petite bonne kabyle » Zohra. En fait c’était ce qu’on peut appeler « un beau morceau de fille » pas très dynamique, ni efficace, mais de confiance. Lorsque l’eau n’arrivait pas jusqu’à notre dernier étage – ce qui était assez fréquent – elle allait chez les Fortu à l’étage en dessous où l’eau coulait presque normalement et effectuait des allers et retours couscoussier sur la tête pour nous permettre de faire au moins la cuisine. La nuit je remplissais la baignoire sabot, car la pression revenait, pour les bains des enfants, la lessive et le ménage.

Oui, nous nous sommes bien entendus Jocelyne et moi et avons vécu ensemble des moments très intenses. Nos déplacements à Alger ont presque toujours été des « épopées » pas forcément appréciées par nos maris. Deux me reviennent en mémoire :

  • le premier, alors que nous avions franchi la barrière du couvre-feu (qui se situait, me semble-t-il, aux Issers entre Ménerville et BM) à une seconde près. Ce que ne pouvaient ignorer nos maris qui nous attendaient l’œil rivé à leur montre et commençaient à se faire du souci ;
  • le deuxième, ce fut le comble ! Nous n’étions déjà pas en avance lorsque j’ai eu un accrochage dans Alger. Oh ! pas grave mais….le temps de faire le constat et d’échanger nos adresses….nous arrivons aux Issers juste après la fermeture de la barrière. Pas question de nous laisser passer ! Le chef de poste accepte cependant de téléphoner au PC du régiment. Je dis à Jocelyne « Prions pour que s’il y en a un à l’autre bout du fil, se soit ton mari car le mien dira d’abord : ‘elles n’ont qu’à coucher sur place et reviendront demain matin’ ». Je me souviens seulement qu’une jeep et une automitrailleuse sont venues pour nous ramener à BM. Je crois que Paul était dans la jeep. Papa nous attendait à BM l’œil sombre mais sans commentaire. Pour corsé le tout, je me suis aperçu, quelques jours après, que j'avais conservé le carnet de commandes du « gas qui m’était rentré dedans » !

La pacification, papa vous en parle, il la vivait au quotidien et je me disais «puis-je l’aider ? Au moins participer ? ». Pour moi, c’était simple et sans ambiguïté. J’en avais parlé avec l’assistante sociale, il suffisait que j’apprenne aux femmes à se servir du matériel de première utilité que l’Armée mettait à leur et à notre disposition. Dans ces villages regroupés, il y avait toujours une école, une infirmerie et, souvent, une salle de réunion (une mechta) où les femmes ne se rendaient que si elles étaient sûres d’y trouver une présence féminine et encore, au début, avec quelques réticences.

L’assistante sociale m’avait amenée dans plusieurs de ces mechtas : terre battue, sans eau ni électricité mais méticuleusement tenues. La glace cassée, j’y retrouvais généralement de jeunes femmes accueillantes qui me saluaient à la façon musulmane : main sur le cœur, puis aux lèvres, puis au front pour terminer vers le ciel. Elles m’offraient du café que je refusais avec le sourire…c’était, paraît-il, une énorme gaffe !

Elles sont venues à mes après-midi – une par semaine -, les vieilles d’abord, puis les plus jeunes avec leur bébé sur la hanche et des « scoubidous » un peu partout (plus gri-gri moderne que bijoux). Toutes avaient un seul rêve « être kif-kif les femmes de métropole » c’était, pour moi, une excellente raison de vouloir l’Algérie Française. Je ne suis pas restée longtemps avec elles, à peine 3 mois, mais les plus anciennes ont appris à tricoter, les plus jeunes à préparer un biberon avec du lait en poudre et ma grande victoire a été d’arriver à donner un bain à un bébé de 4 ou 5 mois. Je crois que par tradition un bébé n’était pas baigné avant un an. Celui-là avait des croûtes de lait impressionnantes. Il ne fallait effectivement pas les laver mais les imprégner tout doucement d’huile d’amandes douces pour qu’elles se décollent peu à peu avant que nous puissions le baigner, nous y sommes parvenues.

J’ai découvert aussi que l’extrême pauvreté rendait méchant et jaloux du peu qu’avait l’autre.

Un jour arrive une jeune femme avec son bébé, je l’interroge mais personne ne veut traduire. Pourquoi ? Je parviens, par bribes, à comprendre. C’est une femme de fellagha, son mari a été tué par les français, je ne dois rien lui donner. Que faire ? Son bébé à faim, elle aura du lait pour lui. J’ajoute « Si elle trahit, vous me le direz ».

Une autre fois, j’ai eu droit à une dispute sérieuse parce que j’avais traité une des vieilles femmes qui apprenait à tricoter - et n’y arrivait pas – de « bourrique à louer ». Expression souvent employée par ma mère lorsque nous faisions preuve de mauvaise volonté, mon frère ou moi. Elle était sévère mais pleine d’affection. Hélas ! ma vieille kabyle n’avait compris que « bourrico ». « Bourrico, bourrico, me dit-elle, toi roumi, moi… » et de faire avec la main le geste très expressif de couper la gorge ! Dans la mechta c’était la révolution avec cris et vociférations. Je ne sais plus comment je m’en suis sorti mais en fin de séance le calme était revenu.

Il m’est arrivé aussi d’avoir des renseignements, toujours sous le sceau du secret. Lorsque j’en parlais à papa il était déjà au courant ! Bien sûr, je n’étais pas venue faire la guerre mais quand elle est là, à notre porte, on ne peut l’ignorer et rester neutre. Il y a des valeurs auxquelles on croit et qu’il faut défendre. Cela vous oblige parfois à prendre partie et à vous engager. Seuls les gens qui se contentent de parler de guerre en pantoufles devant un verre de vin soutiendront le contraire.

J’allais donc dans les quartiers et dans les douars, sans escorte, seule avec ma voiture personnelle, ne connaissant pas l’Arabe – en principe tout le monde parlait peu ou prou le français, chez certains commerçants à BM on entendait même l’alsacien -. Un jour un gendarme intriguait par cette voiture civile arrêtée devant une mechta, entre et tombe sur une de nos réunions. S’étonne de me trouver seule au milieu de cette assemblée de femmes kabyles et m’interpelle « Que faites-vous là ? » Je le lui explique. « Sans escorte ? » « Oui » « J’espère que vous êtes bien payée ! » « Je fais du bénévolat, Monsieur ! » « Et bien, madame, c’est de l’inconscience à l’état pur. Jamais je n’autoriserai ma femme à faire une chose pareille. Dites-le à votre mari ». Avec le recul, je pense qu’il n’avait pas totalement tort mais je n’en ai pas parlé à papa.

C’était d’ailleurs mon destin, je devais « faire campagne en Algérie » car mon guerrier muté à Coët, persuadé qu’il arriverait à convaincre le général de le renvoyer en Algérie me dit en partant : « Ne bouge pas, dans 15 jours je reviens ! ». Pas de problème mais….il est resté en Bretagne. A BM, avec les gosses, j’ai refait le déménagement et les démarches pour reprendre l’avion…dans l’autre sens. Rien n’était simple car c’était le début de l’exode, heureusement la solidarité militaire a joué à fond. Toutefois à BM après de longs mois de calme nous entendons les premiers coups de feu dans le lointain.

Thierry, mon bébé, indisposé par la chaleur, dans notre 4° étage sous le toit, me fait un début de toxicose. Fort heureusement sans conséquence grave.

A Alger, alors que j’allais chercher mes billets d’avion, je me fais voler mes papiers. Heureusement, à BM, le sous-préfet, qui était un ami, m’a tout refait, en quelques heures, sans justificatif, le plus long étant d’obtenir des photos d’identité.

Le jour du départ, j’ai passé près de 15 heures dans un aéroport en folie, bébés (je vous rappelle les âges : Isa 3 ans 3 mois ; Steph 1 an 9 mois ; Thier 6 mois), biberons, couches et bagages sous les bras. J’avais toujours deux enfants de moins de deux ans. Stéphane s’est donc retrouvé dans les bras de mon voisin qui, cette fois, étant jeune n’avait jamais tenu de bébé dans ses bras et n’a pas du tout apprécié.

J’étais cependant heureuse de partir pour retrouver mon mari et le « confort » breton. Jugez-en : première maison (près de Morlaix), pas d’eau à l’évier mais écoulement, les toilettes au fond du jardin ; deuxième maison (à Châteauneuf du Faou) eau à l’évier mais pas d’écoulement, pas de toilettes remplacées par un seau dit hygiénique ; troisième logement, toutes les commodités mais nous ne pouvions pas y rester plus de 15 jours car c’était une location de vacances et le propriétaire, un ancien gendarme, était à cheval sur le règlement. In fine, toujours en attendant un logement militaire à Coët, l’hôtel pendant plusieurs semaines à Bellevue, en face de l’Ecole. Enfin, l’appartement dans le camp : 2 pièces, cuisine, salle d’eau, WC au plancher défoncé, sans chauffage….pour 5 personnes puis 6 car Fred est né dans cette pépinière de grands chefs.

Je n’aborderai pas les problèmes financiers que nos déménagements successifs, sur les chapeaux de roues, ont occasionnés. L’impossibilité de donner les préavis de départ multipliant les loyers. Juillet/Août en Bretagne au prix des locations de vacances alors que la solde de Coët était loin d’être mirobolante.

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Pour nous, l’Algérie était terminée….pour les français aussi ! Nous nous étions engagés dans cette aventure avec tant de cœur, tant de passion, qu’il nous est arrivé souvent d’avoir les larmes aux yeux en écoutant les infos à la radio (nous n’avions pas encore la télé).

Publié dans Lambeaux de mémoire

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J
Etes-vous retourné en Algérie ?
Répondre
C
L"auteur(e) de ces lignes n'y est pas retournée. Mais Cipion, oui. Plus de 20 ans après : nostalgie, émotion...dur, dur !