Nos chiens.

Publié le par Cipion

Nos chiens.

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Nénuf, Nénuf V, nous a quitté hier matin (20 juillet 2006). C’était un berger allemand né chez nous, à Darnagare, le 12 février 1995. Sa mère Salaze II l’a précédé en octobre 2005. Une page se tourne, une page de plus de 10 années, au cours desquelles ces deux chiens m’ont journellement et fidèlement accompagné.

Je commence ce chapitre par « le bout de la trajectoire » car ce dernier épisode date d’hier et le départ de Nénuf représente encore un manque affectif important. S’il était encore en vie, il serait là, couché à mes pieds.

Il y a de longs mois qu’il souffrait du train arrière, comme souvent les chiens de sa race. L’arrivée de la petite Salaze, Salaze III – c’est une autre histoire - devait, dixit le véto, « prolonger sa vie d’une bonne année ». Ce ne fut pas le cas. Il y a deux ou trois jours, il a éprouvé de grosses difficultés à se mettre debout puis il a perdu l’usage de sa patte arrière gauche puis, puis… il n’a plus pu se lever tout seul. Lorsque je l’invitais à le faire, son regard me disait sa détresse : « Je voudrais t’obéir mais je ne peux pas, je ne peux plus ». C’était bouleversant.

Hier matin donc je l’amène chez le vétérinaire à Brignoles. Avec Régine nous le portons dans la voiture où nous l’installons le mieux possible. Il part avec moi, il parait serein. Chez le vétérinaire nous attendons près d’une heure. Il est dans la voiture dont j’ai ouvert la porte arrière. Couché, nous ne voyons que sa tête, bien droite. Ses yeux sont fixés sur moi assis sur un banc juste en face. Du regard il suit ce qu’il se passe alentour. Il ne paraît pas handicapé. Peut-être va-t-il être prolongé grâce à une injection, c’est ce que je me dis sans trop y croire

Et le verdict tombe comme un couperet : « Il n’y a rien à faire, il pourra peut-être vivre encore quelques semaines voire quelques mois mais il sera grabataire avec tout ce que cela représente de stress pour les uns et pour les autres, notamment pour lui

qui ne pourra plus vous suivre… » C’est ce que me dit le vétérinaire. Je sais que c’est vrai. Je m’étais préparé à ce diagnostic (ce n’est pas le premier chien que j’accompagne ainsi) mais j’accuse le coup et au regard interrogateur du vétérinaire je ne peux que répondre d’une voix étouffée : « Allons ! ». Je viens de condamner mon chien. Je lui caresse la tête. Il est couché sur la table d’examen et ne parait pas souffrir. Son regard est clair. Le vétérinaire m’explique ce qu’il va faire, je le sais : l’endormir puis…l’euthanasier. Il ne souffrira pas, me dit-il, je le sais aussi. Je lui tiens toujours la tête, nous sommes calme tous les deux. Après la première injection, il s’endort paisiblement. Son cœur bat encore. Puis, tout s’arrête et les larmes me montent aux yeux. Le vétérinaire me dit « je vous laisse quelques minutes ensemble ». Je ne peux qu’acquiescer de la tête. Nous sommes seuls, je suis seul car lui n’est plus là, mais je lui parle doucement comme je le faisais si souvent lorsqu’il venait se coucher contre mon lit ou le long du hamac. Pour lui mon sommeil était sacré ! Je n’ai pas de mouchoir mais le vétérinaire m’a donné des serviettes en papier.
Il est plein de tact cet homme, c’est vrai ! Lorsqu’il revient, il feint de ne pas s’apercevoir de ma…détresse. Je ne peux plus parlé. Je respire fort puis je lui dis d’une voix que je veux assurée : « Bon, docteur, maintenant parlons des vivants. Ma petite chienne – c’est de Salaze dont il s’agit - doit être opérée (stérilisée car ses premières chaleurs ont été anormalement longues) pouvez-vous me donner un rendez-vous ? » « Nous allons voir cela avec le secrétariat, venez ! » Et la vie parait reprendre comme si rien ne s’était passé sauf que j’ai le collier de Nénuf dans la

main et que je ne sais plus qu’en faire. Je le glisse dans ma poche, il est lourd, lourd, lourd…

Les opérations « administratives » et les frais réglés, je me retrouve dans la voiture –la Twingo de Juliane- Je suis vraiment seul, abasourdi. J’appelle Juliane sur mon portable mais je ne peux rien lui dire sauf « Je rentre ». Elle me dit « Mais as-tu vu le vétérinaire ? ». Je ne peux que lui répondre « Je rentre ». Elle a compris. J’effectue le trajet dans un état second et avant d’arriver, juste avant, je croise Régine qui repart chez elle. J’apprécie d’être seul avec Juliane car j’ai envie de pleurer et je ne veux pas me retenir encore.

Nous avons perdu plusieurs chiens au cours de ces 50 années de vie commune dont au moins 3 dans les mêmes circonstances mais jamais, jamais, je n’avais eu aussi mal. L’âge sans doute mais aussi le fait que notre histoire, de Nénuf et de nous, sort un peu de l’ordinaire. Je crois qu’elle mérite d’être contée.

En 1994, nous sommes à Darnagare depuis 7 ans, nous avons deux chiens une femelle : Salaze II née le 17 mars 1993 et un male : Nénuf IV né le 1er mars 1989.

Le 15 avril 1994, ce dernier nous quitte d’un retournement d’estomac. Opéré en urgence en pleine nuit, il ne survivra pas. Juliane et moi attendons plusieurs mois avant de décider de lui donner un remplaçant. Salaze a presque deux ans, elle peut donc nous offrir une portée. Elle est justement en chaleur. Nous essayons de la faire prendre par Web, un fils de la première Salaze, né à Bangui, que nous avons donné à nos amis les Pérréard. Mais Web a 10 ans et il ne peut plus « sauter la bergère » malgré les encouragements de notre petit fils Jérémie alors en vacances chez nous. Nous trouvons donc, à Tourves, un magnifique male, champion de France de….je ne sais plus, qui en deux temps trois mouvements règle notre problème.

Le 12 février 1995, c’est le grand jour. J’ai fabriqué une magnifique caisse pour que notre Salaze mette bas dans les meilleures conditions. Il fait froid, la caisse est dans la cuisine. Juliane et moi sommes accroupis auprès de la chienne  « en douleur ». Cependant tout à l’air de bien se passer. Un premier chiot apparaît, c’est une chienne, elle pèse – car nous avons tout prévu - environ 600 grs. Puis, à intervalles réguliers de plusieurs minutes, une deuxième chienne de 600 grs.  Et une troisième de même poids et immédiatement derrière une petite boule noire, 3 fois plus petite que les précédentes. C’est un chiot, un male, il pèse …. 200gr….une larve ! Après lui viendront 4 autres petites femelles, toutes de 600 grs environ. La portée de huit chiots n’a donc qu’un seul male et quel male ! La mère le refuse et ses sœurs lui barre tout accès aux pis alimentaires.

De nombreux amis ont retenu des chiots mais ils veulent tous un male or, il n’y en a, au mieux, qu’un. Juliane et moi décidons de garder le male contre la loi de la sélection naturelle et une petite femelle pour que Salaze est un chiot au cas ou la petite larve ne survivrait pas. Si nous arrivons à le sauver, la petite femelle que nous baptisons Kellim, nous pensons l’offrir à Stéphane, l’aîné de nos garçons qui vit à La Réunion. Quant à Nénuf car c’est de lui qu’il s’agit, nous l’imposons à sa mère qui fini par l’adopter, et Juliane le nourri partiellement au biberon bourré de vitamines. Le vétérinaire – toujours le même – contacté m’a dit « Pas de problème il va vivre et sans doute se développer normalement. Au pire peut-être aura-t-il quelques ennuis cardiaques ». Nénuf vécu et se développa effectivement normalement. A deux mois il a rattrapé sa sœur, pourtant splendide, à quatre il pèse près de 20 kg et à 9 mois 40 kgs.

Au cours de l’été Kellim nous quitte pour suivre ses nouveaux maîtres à La Réunion.

 

Nous restons donc avec Salaze II, la mère, et Nénuf V, le fils.

Cette cohabitation durera donc plus de 11 ans, jusqu’au départ de Salaze (octobre 2005) puis de Nénuf (juillet 2006). C’est beaucoup de départ en 9 mois !

Nénuf, le ressuscité comme nous l’appelions parfois, était très attaché à moi. Il est vrai que nous l’avions materné puis éduqué – il ne sortait jamais de la propriété pourtant non clôturée, ce qui n’était pas le cas de sa mère – et dormait la nuit sur le palier de ma chambre interdisant tout accès. Juliane, pas très rassurée au début, forçait la garde, mais il grognait et venait alors se coucher contre le lit de mon coté, quêtant une caresse. Il n’était jamais aussi heureux que lorsque nous partions faire le tour de la propriété, régulièrement, souvent deux fois par jour. Avec sa mère, bien sûr, qui prenait parfois la liberté, elle, de s’éloigner mais jamais lui. Sauf si un chat passait à proximité mais il réagissait toujours à l’ordre de rappel ou au coup de sifflet. Il jouait beaucoup avec sa mère. Accidentée à la patte avant droite qu’elle avait « introduite » dans ma débroussailleuse, elle faisait parfois la comédie de la blessée à plaindre. Je me souviens d’un épisode, assez difficile à croire. C’était au fond de la propriété, souvent les chiens chassaient des sangliers qui détallaient mais, eux,  ne les poursuivaient pas longtemps. Ce matin là, ils lèvent un jeune d’une trentaine de kilos. Il leur fait face. C’est sans doute un sanglier d’élevage – notre voisin en élève – il n’a pas peur des chiens, peut-être même veut-il s’amuser ? Toujours est-il qu’il fonce sur Salaze et la renverse. Elle se précipite vers moi, qui les observe à une trentaine de mètres, la patte levée en geignant comme à son habitude. Je sais qu’elle n’a pas trop mal. Nénuf, lui, est resté face au sanglier et se jette sur lui, le sanglier roule sur le sol, se relève et charge à nouveau. Il bouscule le chien qui réagit et ainsi de suite plusieurs fois. Salaze et moi regardons le spectacle. Puis, sans raison particulière, le « fauve » se retourne et rompt. Il part au petit trop. Nénuf paraît médusé, la victoire a été trop facile. Il laisse partir son adversaire du moment et revient vers nous, assez fier de lui, me semble-t-il.

Nous n’avons plus jamais revu ce petit copain d’un moment…privilégié.

Je pourrais vous parler de lui longtemps mais il y a les autres, tous les autres, pour répondre au titre de ce chapitre.

 

                                                     *

                                                  *    *

 

Les chiens ont toujours fait partie de notre existence, de notre vie quotidienne. Nous en avons toujours eu lorsque cela était possible, lorsque nous avions quelques mètres carrés de jardin. Souvent, nos amis, même ceux qui aiment les bêtes, s’étonnent des rapports que nous entretenons avec nos chiens – comme avec nos chats d’ailleurs –

C’est une longue histoire, un peu fastidieuse, une histoire ordinaire mais que j’ai envie et besoin de raconter.

Lorsque nous nous sommes connus, Juliane et moi, nous avions dans ce domaine des antécédents. Elle, adorait et adore encore les chats – ces félins domestiques jamais domestiqués (1) – Elle en possédait donc un, sans doute, en 1954. Je n’en ai plus souvenance. En revanche, ce dont je me souviens, c’est que ses parents possédaient un

chien, genre fox à poil dur, qu’ils avaient baptisé « Grisby ». Je ne l’ai pas fréquenté bien longtemps.

De mon coté, chez moi, aussi loin que me porte ma mémoire, je vois toujours un chat, énorme, répondant au doux nom de « Boubou ». Mes parents tenaient une boucherie à Allauch, le chat ne s’éloignait jamais beaucoup –il était « coupé » - mais le soir, à la fermeture s’il n’était pas là, il suffisait de taper répétitivement sur le plot

avec la « feuille » (sorte de hachoir qui servait à couper les os et à hacher la viande)

comme lorsque mon père lui préparait sa pitance (toujours du mou, le poumon de mouton ou autres animaux de boucherie) pour qu’il arrive en vitesse. Nous n’avons, sans doute, pas eu que ce chat mais ma mémoire n’a retenu que Boubou.

Des chiens ? Nous en avons toujours eu, utilitaires, fonctionnels, pour la garde ou la chasse. Mâles ou femelles, bâtards ou racés, ils n’avaient que rarement accès à l’appartement. Ils étaient même souvent attachés sauf….je me souviens, un petit fox que nous avions eu jeune chiot. C’était au moment de la naissance de ma sœur Danièle, en 1940 donc. Mon père lui avait lui-même coupé la queue car parait-il c’était une caractéristique de la race. On ne faisait jamais les choses à moitié chez nous ! La queue avait été coupée  «  sur le plot avec la feuille » (V. plus haut)

Le petit chien s’est donc baladé plusieurs jours avec un pansement que nous lui refaisions régulièrement. Il adorait le bébé, ma petite sœur, et ne laissait aucun « étranger » approcher du berceau.

Tout ceci pour souligner que les bêtes dites « de compagnie » nous étaient familières. Aussi dès que nous pûmes nous installer décemment, en 1957, (une villa que nous avions en gardiennage, à Tananarive, et qui avait un bout de jardin et une cour) nous avons eu des bêtes.

D’abord un chat. Ce sera le premier d’une longue série que nous n’avons pas répertoriée. Par ailleurs ma mémoire n’a retenu que le dernier en date, actuellement Mamoussi, nième du nom, car comme pour les chiens nous avons toujours conservé le nom du premier ou de la première arrivé(e) chez nous bébé.

Les chiens, en revanche,  ont jalonné notre existence et nous pouvons en dresser une liste exhaustive.

Le premier, c’était donc à Madagascar, notre premier séjour outre-mer. Nous avons à peine 1 an de mariage et après un long séjour à l’hôtel (civil puis militaire) nous emménageons dans une villa qu’un fonctionnaire réunionnais nous louait

« en gardiennage » pendant ses congés (6 mois). Située dans un quartier un peu excentré de Tananarive cette villa devait être notre première résidence. Isabelle avait quelques semaines et braillait pratiquement sans arrêt depuis sa naissance mais…c’est une autre histoire !

Ce premier chien, un bâtard de belle taille, de couleur marron, nous l’avons hérité du médecin de mon bataillon (le Bataillon de Tananarive) où j’avais été affecté en arrivant dans « la Grande Ile ». Il répondait au nom de Minos et devait être, dans un quartier quelque peu engageant, le gardien du domaine. C’était donc un animal de compagnie fonctionnel. Jusque là, il avait vécu à l’attache mais nous pensions que c’était inhumain et comme notre petit jardin lui permettait de gambader nous l’avons laissé libre. Triste expérience car la nuit tombée, Minos franchissait le portail et prenait la clef des champs en compagnie des autres chiens du voisinage généralement errants. En effet, à cette époque, la ville de Tananarive était de nuit le royaume de bandes de chiens en quête de nourriture. Ces bandes étaient, la plupart

du temps, inoffensives mais toujours impressionnantes. Minos devint chef de bande. Sans doute devait-il cette promotion à sa taille et à sa bonne mine. De plus, bien nourri il devait laisser une bonne partie du butin aux autres. Un chef exemplaire ! Il ne revenait qu’au petit matin lorsque les autres chiens du quartier plus ou moins bien rassasiés allaient s’endormir sous les manguiers ou les bananiers.

Minos se retrouva donc rapidement attaché au fond de l’abri garage qui n’abritait que lui et quelques lapins en cage car notre jeune ménage n’était pas encore motorisé.

Minos n’est resté avec nous que le temps de ce bail particulier : 6 mois. Qu’est-il devenu ensuite ? Je crois me souvenir que nous l’avons donné à un camarade qui venait d’emménager, le veinard, dans une villa du quartier de Bétongolo.

Nous, en quittant notre gardiennage, nous avons enfin obtenu un logement militaire, en ville, rue Gallieni. Un appartement au premier étage qui ne nous permettait plus d’avoir un chien.

Le suivant, le second, ce devait être plusieurs années après. Son souvenir nous ramène outre-mer car après Madagascar, en Algérie puis en France, nous étions trop petitement logés, il faudra d’ailleurs que nous écrivions un chapitre sur « nos…logements ». Donc outre-mer, au Sénégal, à Dakar plus précisément. D’abord logés au centre de repos ( ? ) de N’Gor puis au Camp Leclerc, nous avons obtenu, après un an de séjour, une villa en ville, avenue F.Roosevelt avec un jardin aux dimensions modestes mais qui, alors, nous paraissait immense. Dans ces conditions, un chien s’imposait et, de plus, un chien de garde car les jardins et les communs quand ce n’était pas les villas étaient régulièrement visités. Un ami civil, médecin de son état, Jean-Claude Bernoux, nous en procura un assez rapidement. Un chiot berger allemand de belle race et…adorable. Ce devait être le premier d’une longue lignée que Salaze III perpétue en ce moment. Je me souviens, nos amis Simone et Jean Gascard, avaient hérité d’une petite femelle : Nikita, je crois ! Car c’était l’année des « N » et le nôtre, tenez-vous bien répondait au doux nom de… « Nénuphar ». Les enfants l’appelèrent, sans attendre notre autorisation, « Nénuf ». Oui, c’était en 1965, Isabelle avait 8 ans puis suivaient Stéphane 6, Thierry 5 et Frédéric 3 (j’arrondi !). Inutile de vous dire leur joie lorsque le chiot arriva boulevard Roosevelt. Pour eux c’était notre premier chien. Ils n’avaient connus jusqu’alors que des chats. Nous en avions encore un d’ailleurs à qui j’apprenais à voler, disaient-ils, assez régulièrement. Nénuf fut donc élevé dans cette ménagerie de « petits d’hommes » et faisait assez bonne compagnie avec le chat auquel il essayait de mordiller les « roupettes » (nous avons toujours appelé les testicules de ce nom là….je ne sais plus comment ni pourquoi !) A 6 mois, il pesait 20 kilos, s’affirmait excellent chien de garde – de façon incompréhensible, il était raciste, les anciens nous disaient que c’était le pays qui voulait cela – Pendant un temps il fut amoureux ( ?) d’une rate. C’est du moins ce que nous avions convenu avec les enfants. Une rate de belle taille qui venait des falaises du bord de mer, aussi grosse qu’un chat. Le nôtre ne l’intimidait pas. Elle n’était pas seule de son espèce mais elle n’apparaissait que la nuit. Parfois lorsque nous rentrions tard le soir nous apercevions un ou deux rats fuir dans le jardin. A cette époque, comme toujours d’ailleurs, Nènuf couchait à l’extérieur sur une petite terrasse très agréable qui servait de perron  et qui dominait le portail d’entrée. Plusieurs fois, Mélitina, notre toute jeune « bonne » portugalaise, nous avez dit avoir trouvé bizarrement des traces (excréments) de rat sur le perron.

Une nuit alors qu’avec Juliane nous rentrions tardivement d’une soirée chez des amis, nous trouvons notre Nénuf qui jouait avec un petit animal ou un jouet d’enfant

C’était un petit animal….un rat, que nous avons immédiatement féminisé et vous verrez que nous n’avions pas tout à fait tord. Un rat donc qui à notre arrivée, s’enfuit sans attendre. La vision fut donc fugace. Avions nous bu ? Modérément comme à notre habitude ! Peu de temps après alors que je partais très tôt effectuer un saut…en parachute comme toujours très matinal avec mes camarades du 7°RPIMa, je découvre devant la porte, sur le perron, le cadavre d’un rat les reins cassés. Par curiosité je le retourne et je découvre que c’est…une rate. Tous les ingrédients étaient réunis pour alimenter l’imagination des enfants bien aidés par leur maman.

Nénuf , discret, ne nous a jamais rien dit et le meurtre de la rate resta une énigme. Scène de ménage, crise de jalousie ? Une énigme que Juliane et les enfants ont rapidement élucidée : Nénuf était amoureux de cette jeune rate depuis longtemps, en jouant elle a dû lui faire mal et…le drame… il lui a cassé les reins. Les enfants ont cherché,  en vain, des traces du combat sur le pelage de Nénuf. Ils n’ont rien trouvé et l’auteur du meurtre ne paraissait pas avoir de remord. C’est une histoire que nous racontons encore lors des veillées familiales.

Quelques temps plus tard Nénuf devait malheureusement confirmer son mauvais caractère au détriment de notre troisième enfant, Thierry, âgé alors d’un peu plus de 5 ans. C’était le 23 juillet 1965 –dixit mon agenda-, un vendredi. Nos amis les Bonamy, en instance de départ pour la France après un séjour à St Louis étaient chez nous depuis quelques jours avec leurs enfants (deux me semble-t-il). Ceci peut, peut-être, expliquer cela car le berger allemand est généralement casanier et cette présence remuante et inhabituelle l’avait sans doute…énervé. Je suis au travail, Juliane aussi, elle est  «  jardinière d’enfants » prés de chez nous, à deux pas, au jardin d’enfants de la Croix Rouge sénégalaise. Les enfants sont en vacances et jouent sur l’arrière de la villa sauf Thierry qui est seul avec Nénuf sur le devant à l’ombre des bougainvilliers. Il est assis par terre  et la tête du chien repose              sur ses jambes. Il lui caresse les oreilles, nous a-t-il dit, lorsque Nénuf se retourne brutalement et le mord au visage. Notre ami Bonamy qui entend Thierry crier, se précipite et récupère Thierry le visage en sang. Il s’occupe de lui et l’amène immédiatement à l’infirmerie de la caserne voisine de notre logement, Dial Diop, occupée par l’armée sénégalaise. Sur place les infirmiers commencent à nettoyer le visage de Thierry lorsque arrive le médecin de service, un médecin militaire français coopérant (docteur G… je n’ai pas oublié son nom) qui refuse de soigner l’enfant  car il n’est pas d’une famille de l’armée sénégalaise. Il autorise cependant mon camarade à me téléphoner. Je suis alors en poste à l’Etat-major des Forces Françaises. Je lui demande d’amener le gosse aux urgences de l’Hôpital Principal où  Juliane prévenue par Jeanne Bonamy se rend immédiatement. Lorsque elle arrive, le docteur Gravelines est en train de suturer les plaies du visage de Thierry -7 points de suture- c’est moins grave que nous ne pensions. L’œil n’est pas touché mais il a une plaie assez profonde entre les deux yeux et deux accrocs sur les joues. Nénuf n’y ait pas allé tendrement ! En rentrant je pense tout de suite à l’abattre mais je prends au préalable contact avec l’Institut Pasteur. Mon interlocuteur me dit que, bien que le chien ait toutes ses vaccinations, il vaut mieux le garder en observation, donc en vie, pendant quelques jours.  Mais Thierry doit subir, à titre préventif, les injections antirabiques « réglementaires ». Début août, affolement, car Nénuf est malade. Amené à l’Institut Pasteur il s’avère que ce n’est qu’une indisposition passagère. Le spectre de la rage s’éloigne.

 

 

Après, après ? Thierry a fort heureusement bien récupéré, le temps a calmé nos griefs et notre colère, les enfants dont Thierry disent avoir pardonné……Nénuf restera en vie et avec nous jusqu’à la fin de notre séjour (1 an encore).

C’est en effet en juillet de l’année suivante que nous nous en séparons, au moment de notre retour en France, en le donnant à nos amis les Henry, Consul de Suisse à Dakar, que nous avions connus à Madagascar et retrouvés au Sénégal.

C’était notre premier berger allemand, une bête magnifique qui s’est cependant avérée caractérielle donc dangereuse. Le type même du chien qu’il ne faut pas conserver. Il nous aura beaucoup appris. A l’âge de 7 ans, ses réactions brutales et inexplicables devenant trop fréquentes, nos amis les Henry durent l’euthanasier.

Anecdote : en 1967, pratiquement deux années après cet incident, je reviens en mission à Dakar. En visite chez les Henry, Nénuf m’accueille comme un visiteur ordinaire c'est-à-dire de façon dissuasive. Il est dans ce cas toujours très impressionnant. Je me contente de lui dire plutôt fermement « Nénuf… », il se couche instantanément et vient en rampant et en gémissant vers moi. Je lui parle alors doucement et c’est la fête !

C’était Nénuf I, il repose en terre sénégalaise.

Plus tard, bien plus tard, arrive Nénuf II. Nous sommes à Fort-Lamy, au Tchad.

 

(1) cf.Rudyard Kipling " Le chat qui marchait tout seul " .
La photo placée en tête d'article nous montre Salaze III et Nénuf V

A suivre.....                                             

             

 

Publié dans Lambeaux de mémoire

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