Premier amour, premiers émois….

Publié le par Cipion

Je vais donc ouvrir le feu par un épisode de ma vie qui n’a qu’une importance anecdotique mais qui vient de m’être remis en mémoire par une de mes dernières lectures. Une petite histoire d’un auteur provençal peu connu, Maurice RIPERT (1), narrant de façon émouvante son premier amour. Je ne ferai pas aussi bien, c’est certain, mais je vais essayer de « faire » simplement et modestement !

Nous sommes en 1945, la seconde guerre mondiale vient de se terminer. Je n’ai pas souvenir d’avoir trop souffert de privations sauf le pain franchement immangeable les derniers temps. J’ai 14 ans, elle en a 13, peut-être 12 ? Elle….mais patientons un peu avant d’en parler. Dressons d’abord le décor. Nous habitons, tous les deux, dans un petit village de la banlieue marseillaise : Allauch, accroché aux flancs du mont Rhodinacus et dominé par la chapelle de N.D. du château.

Moi, je vis, bien sûr, avec mes parents. Ils tiennent, au village, depuis plus d’une dizaine d’années, un commerce de boucherie dans la Grand’ Rue. J’ai à cette époque deux sœurs de 12 ans (Mireille) et 4 ans (Danièle).

Elle, originaire de Peyrolles donc « étrangère » au pays est, je ne sais plus pour quelle raison, hébergée par sa sœur aînée, épouse de mon instituteur, Monsieur Cavalier. Ils habitent dans un logement de fonction dans l’enceinte de l’école primaire (côté garçons).

Ce couple éminemment sympathique pour les gosses que nous sommes , n’a pas d’enfant et accueille chez eux, à cette époque, 3 jeunes filles : mon héroïne, une autre sœur un peu plus âgée (18 ans ?) et une cousine de son âge, sœur de l’instituteur. Je me souviens très précisément de cette dernière car elle était originaire de Jausiers, dans les Alpes, petit village où, avec mes deux sœurs nous avions passé des vacances d’été.

Toutes les trois sont mignonnes, avenantes, très ouvertes et adhèrent très vite, sans doute orientées par leurs parents eux-mêmes très impliqués dans la vie associative du village, adhèrent donc, très vite, à notre groupe. Et quel groupe !

J’en ai gardé un souvenir ému. Les ados (dirions-nous maintenant) d’une association créée depuis quelques années afin de préserver notre culture provençale déjà menacée par « l’américanophilie » du moment. Nos responsables l’ont baptisée « L’oustaou d’Alaù ». Nous apprenons, un peu, le Provençal, surtout les chants traditionnels : la « Coupo Santo », bien sûr, mais aussi « la Vièio », « la gamba mi fa maoù » …Nous nous essayons aussi aux danses de nos ancêtres (en costume tenez-vous bien !) et certains d’entre nous s’essaient au fifre et au tambourin sous la houlette de notre « maître » Monsieur Blanc.

Nous nous réunissons dans un local, dont nous n’avons jamais connu le véritable statut, situé sur la placette à coté de l’église, où se trouvait alors le bureau de poste (Les PTT). Nous y organisions des réunions festives au cours desquelles nous chantions, nous dansions, jouions aux cartes en dégustant des châtaignes grillées ou le gâteau des rois ou la pompe. Dans un coin, il y avait même un piano où l’une d’entre nous, au moins, Ginette (Ginou), tapotait quelques airs à la mode. C’était sympathique, agréable et toujours de bonne tenue.

Toutefois, dans un groupe d’adolescents, comme celui-ci, filles et garçons (la mixité ne courait alors pas les rues) nous ne pouvions éviter –nous ne le souhaitions pas d’ailleurs- les « intrigues » amoureuses. C’est ainsi que j’ai connu « Poupée » la plus jeune des belles-sœurs de mon instituteur. En fait son prénom est Maryse (comme sa cousine d’ailleurs, vous savez, celle de Jausiers !) et pour la distinguer, sans doute, ses proches l’appellent de ce charmant et mignon surnom, héritage de sa petite enfance qui n’est encore pas très éloignée. Pour nous, toutes et tous, elle est « Poupée ». Très rapidement me semble-t-il, un sentiment commun, non déclaré ou seulement par l’intermédiaire d’un copain ou d’une copine, nous rapproche, nous trouble. Les autres en profitent pour nous « fiancer » avant même que nous ayons échangés autres choses que des banalités ? Ca parait donc acquis mais nous nous contentons de nous regarder peut-être un peu plus souvent que la normale et parfois nos mains se rencontrent. Un dimanche, le groupe décide d’aller, en matinée c’est-à-dire l’après-midi, au cinéma du village, le Familia. Il est situé près de l’aire des moulins. Nous prenons des places au balcon et avec la complicité de certains et certaines, je me retrouve non pas à coté de Poupée – je n’aurai pas osé et.... ce n’était pas permis - mais juste derrière elle.

Dès le début de la projection, dans le noir, je m’enhardis à poser ma main sur son épaule. Elle ne bouge pas et quelques instants plus tard sa main se pose sur la mienne. Instant magique, je n’ose pas bouger. Je prends cependant le risque de me pencher vers elle et d’embrasser sa chevelure.

Sans brusquerie, elle tourne lentement la tête vers moi et…nos lèvres s’effleurent. Un instant je crois que ma poitrine va éclater. C’est mon premier baiser, notre premier baiser, notre dernier baiser !

En effet, c’est tout, nos deux mains restent lier jusqu’à la fin du film.

Avec les autres, nous nous levons. Comme les autres nous quittons nos sièges. En bout de rangée nos regards se croisent puis la vie du groupe nous entraîne vers l’extérieur comme si rien ne s’était passé sauf que… dorénavant lorsque je la regarde et qu’elle me regarde j’ai l’impression que ses yeux pétillent plus que d’habitude et je ressens comme une caresse sur mes lèvres.

Cela ne devait pas durer car….. … quelques semaines plus tard, mes parents ayant décidé de changer de résidence, nous quittons Allauch où nous avions vécus une douzaine d’années. La famille s’installe à Beaucaire sur le Rhône.

A cet âge, il est toujours assez difficile de quitter les amis pour l’inconnu, à fortiori en laissant l'objet de ses premiers émois.

Je fis donc mes adieux au groupe : poignée de mains aux garçons, bisous sur les joues aux filles, Poupée comme les autres, en copains. Un voile de tristesse, de chagrin peut-être, me sembla ternir fugitivement ses prunelles, les miennes devinrent humides. Je détournais très vite la tête. Confus, malheureux, mal..heu..reux !!

Je ne devais plus la revoir.

J’appris, peu après, qu’elle avait regagné son village, où je crois me souvenir que ses parents tenaient un bar dans la rue principale.

Dorénavant 80 km nous séparent, un monde ! Un temps j’ai pensé essayer de les faire en vélo, avec mon vieux vélo qui n’avait « de course » que le guidon ! 160 km, aller-retour, dans la journée, c’était fou. Et pourtant j’ai accompli ce périple plusieurs fois …… en rêve. Lorsqu’il m’arrive d’y penser, Poupée reste adorable mais soixante ans après je me demande toujours si elle avait réellement des couettes…comme dans mes souvenirs.

  1. « Conte e raconte d’aier e d’aro » (Contes et récits d’hier et d’aujourd’hui).

(Juin 2000).

Publié dans Lambeaux de mémoire

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